Il faut étrangement toujours attendre qu'un cinéaste passe l'arme à gauche pour qu'on puisse parler de lui dans les grands médias et accessoirement pouvoir découvrir son oeuvre. En juillet nous ont quittés respectivement Antonioni et Bergman et connaissant plus le premier au second, j'ai voulu découvrir les films du réalisateur Suédois qu'on dit "austère" (c'est la légende, mais la légende a bon dos on le sait) pour découvrir des films passionnant pas si difficile d'accès que ça (bien au contraire...)...
Par contre les photos sont de qualité moyenne, je m'en excuse, ce sont mes propres captures d'écran, hein...


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Harry, garçon livreur, et Monika, vendeuse dans un centre d'alimentation, font connaissance dans un bar. Monika souhaiterait fuir le domicile familial et se réfugier chez Harry. Les deux amants s'enfuiront finalement vers l'île d'Orno...


Pratiquement tous les films d'Ingmar Bergman sont des drames où une certaine autobiographie personnelle menée de nombreux questionnements est de mise (le septième sceau dont je parlerais ici prochainement) quand ce n'est pas la religion, la morale, le couple, les relations hommes-femmes qu'il traite, souvent frontalement. Monika n'échappe pas a la dernière catégorie, autopsie sincère d'amours adolescentes qui ne dureront que le temps de maigres vacances.

Dès le début, Bergman filme conjointement la ville, laquelle ne s'éveille véritablement qu'au niveau du générique peu avant que le film ne débute. Le réalisateur adopte un parti-pris original où le paysage figureront les sentiments en plus de donner un cadre, un espace (relationnel et abstrait) où les personnages vivent et respirent dans un décor qui ne mérite là que son propre surnom.

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Le début du film fait tant office d'ouverture que sa fin : même lieux, même miroir dans lequel se mirent les personnages mais leur place et leur situations ont changées. Si le début du film nous présente une Monika qui se pomponne allégrement (Harriet Andersson est un joli brin de fille, je comprends maintenant pourquoi le jeune Antoine Doinel vole la photo du film dans Les 400 coups...) en quête peut-être de sa prochaine proie (et rien n'interdit de le penser avec le recul même si Monika --et c'est ça le plus terrible-- est sincère dans ces sentiments), la fin nous présentera son contraire, son opposé, diamétralement inversé en la personne de Harry son (ancien) petit ami.

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Harry n'a que peu a voir avec Monika. Si c'est un garçon parfois dans la lune, timide et écrasé au début du film, il prendra sur lui à la fin pour recommencer une nouvelle vie avec le bébé à la fin. Au contraire de Monika, qui prenait l'avantage des situations au début du film (c'est clairement elle qui drague Harry et lui propose d'aller au cinéma ! Moi aucune fille ne m'emmène au cinoche mais passons...), mais s'enferme dans une certaine rêverie et se révèle finalement incapable d'assumer ce qu'elle a lancé, n'ayant visiblement guère pensé aux conséquences et préférant retourner à sa vie d'antan quitte a n'avoir rien à foutre du pauvre Harry ni de l'amour passionné auquel il croyait (d'où le fameux "regard-caméra" envers le spectateur qui déclencha toute une polémique et que Godard et Truffaut les premiers remarquèrent plus ou moins).

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C'est une histoire somme toute banale à priori que Bergman filme, une histoire de la vie, bien humaine mais l'ensemble n'est jamais dépressif ni moralisateur et sonne encore aujourd'hui d'une belle justesse. Ces jeunes gens se sont connus et aimés mais l'amour n'a qu'un temps. Dès le début, ils avaient trop de disparités pour que ça ne puisse si bien fonctionner que ça et la scène du cinéma est révélatrice de ça : Un film romantique. Nos tourtereaux regardent le même film et si Monika pleure comme une madeleine (c'est bien la seule !), Harry baille au corneille, visiblement en train de se faire chier d'avoir accepté pour lui faire plaisir.

Juste après, ils s'embrassent mais Monika calque son attitude sur le film : son baiser aussi romantique soit-il est chargé d'un cliché de film d'amour, celui vu précedemment. Et comme dans le film qu'elle a vu, entre deux baiser, elles se remaquille, n'étant pourtant nullement une star de film noir.

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Ce n'est que plus tard, dans la partie centrale que tout devient alors plus juste. Plus tendre, entre les deux amoureux. Cette fois, ce n'est plus du cinéma mais la vraie vie. Et Bergman tout en montrant des scènes gentiment tendres, érotiques et touchantes, alterne avec des visions de paysages buccoliques, images du bonheur naturel, loin de la corruption des villes, images que l'on reverra en couleur et différemment chez un autre grand, Terrence Malick où là aussi la nature fait office d'écrin, de réceptacle aux sentiments humains (c'est particulièrement flagrant dans "le nouveau monde"), tout en étant aussi indépendante, personnage à part entière.

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Un corps de femme à découvrir. Une nature comme corps a silloner
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La nature est source spirituelle (pour reprendre un autre film de Bergman) qui accrue métaphoriquement les sentiments et situations éprouvées par le couple. Et quand par exemple, la situation se gâte, que fait notre Ingmar adoré ? Au lieu de montrer une dispute entre les tourtereaux (ce sera pour le final, comme un gunfight psychologique cher au réalisateur), il montre le plan d'une toile d'araignée et de sa bestiole : le message est clair, ça se gâte, les sentiments sont englués dans une toile, ça va être dur de s'en sortir.

Et finalement, leur histoire d'amour n'a qu'un temps et Harry au moment de la fin, repassera devant ce fameux miroir et en un plan déchirant, tout en regardant le spectateur et le questionnant lui-même sur son histoire personnelle consciente ou inconsciente, revivra fugacement, les meilleurs moments de son histoire avec Monika avant de reprendre confiance en lui et d'avancer dans l'avenir avec une maigre mais néanmoins réelle preuve d'espoir.

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Un grand film mais tous les Bergman ou presque, sont grands.
En même temps je dis ça, je n'en suis qu'au début de ma quête mais je pressens que le meilleur est encore à venir...