sublimearg Je n'ai pas aimé du tout Sublimes créatures. Et quand je dis, pas aimé, c'est pour rester poli. J'y allais pourtant sans apprioris, j'accompagnais une amie et je fais même partie des gens qui finalement ont trouvé pas mal le premier Twilight (en le prenant toutefois plus pour une bluette adolescente qu'un vrai film de vampires sinon là je me serais faché), c'est dire. Mais là... Là, non. L'héroïne est aussi plate que son petit copain. Et si l'inversion des rôles peut sembler intéressant au premier abord (au lieu qu'on découvre le surnaturel avec la jeune fille dans Twilight, ici on est du côté du garçon), elle n'apporte finalement rien. Dans Twilight on avait des vampires à paillettes multicolores qui brillaient au soleil comme si l'on avait foutu une méga boule disco dans le ciel les jours de beau temps, mais qui, attention, ne s'attaquent pas aux gentils humains, ici on aura des enchanteurs bons et mauvais (c'est plus classe que dire sorciers et sorcières) avec un très fort choix moral à faire pour notre pauvre héroïne. Les télèbres la guettent attention, mais bon, elle peut résister même si elle répète une histoire censée être immuable depuis la fondation de la ville lors de la guerre de Sécession.

Alors évidemment on est en pleine amérique profonde, les filles sont toutes des pouffiasses, on organise des supers-apéros à l'église et puis il y a des livres interdits, holàlà. C'est limite si ils ont pas envie de les brûler. Du coup tu en lit certains comme Alden Ehrenreich et ça y est, tu es devenu un ado rebelle, c'est rigolo. C'est d'autant plus marrant de voir les personnages principaux lire du Bukowski et déclamer des passages à la Shakespeare comme si soudain c'était la chose la plus importante de la vie. D'autant plus que Bukowski c'est quand même assez cul et crû généralement alors que le propos du film est profondément pas touche-pipi (au moins ici, les héros n'attendent pas 4 films pour réfreiner leurs pulsions). Avec du Bukowski, du Kurt Vonnegut (on utilise une référence à Abattoir 5 à un moment.... juste un clin d'oeil pour ceux qui ont lu le livre ou vu l'intéressant film de George Roy Hill.... et puis c'est tout. Que de la gueule), du Burroughs que l'ami Alden accroche sur un planisphère mural comme autant d'itinéraires parcourus dans sa vie de lycéen, on aurait pu aller plus loin, élever le propos. J'ai lu Le festin nu au même âge que le héros, au lycée, je me rappelle que mes jambes tremblaient dans toutes les descriptions liées à la drogue (les rails sur le bras, le "singe sur l'épaule" pour symboliser la sensation de manque horrible du junkie) tellement c'était fort. Ici les références servent juste à se rapprocher de fille qui l'intéresse et qui, comme lui, lit ce genre de livres et s'avère, oh surprise, moins pouffe que les autres. Que de la gueule.

Sinon les effets-spéciaux sont aux abonnés absents (oh super, de la poésie qui s'écrit sur les murs de la chambre. Peut-être parce que j'étais au 3è rang mais j'ai trouvé ça d'un cheap pas possible. Dans un an, ce sera déjà dépassé. Moi aussi avec photoshop, je peux prendre une typo --Tahoma ou tiens, non, vivaldi, tiens--, et utiliser deux calques pour faire une variation de doré ou alors faire un dégradé dans la typo même. Il n'y a plus qu'ensuite a créer du mouvement. La table avec les sorcières à chaque bout et les corps bien cadrés au milieu tandis que le décor "bouge" tout autour, c'est tellement bien filmé hoho) et les acteurs font leur job sans plus. Bon on est content de retrouver quand même Emma Thompson dedans (en mode Gröss cabotinage ach) et surtout Jeremy Irons, incroyablement sobre, meilleur personnage du film. Mais bon, faudrait que tu reviennes chez Cronenberg mon brave Jeremy, ça te fera du bien je pense.

Je ne sais pas au fond ce qui est le plus énervant : tout le film (avec ses défauts qui se ramassent à la pelle) ou le fait qu'il utilise des exemples d'oeuvres et artistes de la contre-culture pour les aplanir au moule sans chercher leur raison d'être et ce faisant, tente inconsciemment de les démolir un peu comme Hollywood et les nouveaux remakes de grandes oeuvres à la pelle qui s'inscrivent aussi dans un constat de récupération sans chercher à découvrir ce qui faisait le coeur de ces joyaux du passé ? Triste.

 

 

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ghost2 Je n'avais jamais vu Ghost (*). J'ai donc profité qu'il était diffusé sur grand écran lors d'une mémorable nuit blanche-Pyjama-party (si, si. Il y a des gens qui ont mis les preuves photographiques sur facebook en plus, j'ai pas l'air con avec ma couette et ma peluche). J'avais peur que le film ait vieilli et en fait pas tant que ça. Si la fameuse scène de la poterie a déjà été vue et revue de nombreuses fois et déclinée en multiples parodies, je ne m'attendais pas à voir un cocktail fantastique-humour-romantisme assez bien géré tout le long du film. Toutes les scènes avec le regretté Patrick Swayze qui essaye d'adapter son corps d'esprit errant en décalage avec le monde matériel fonctionnent comme une belle initiation. Les effets spéciaux restent encore bien foutus (peut-être le coup des ombres émergeant pour récupérer les gens fondamentalement mauvais fait un peu trop cartoon, surtout sur copie 35 mm. Cela doit sans doute mieux passer sur un petit écran), on a même droit à une scène un brin gore (la toute fin notamment avec cette vitre brisée qui m'a rappelé en tout aussi sanglant les éclats de verre sur la pauvre Macha Méril (**) dans Les frissons de l'angoisse ou le coup de la fenêtre-guillotine dans Inferno). Sinon Whoopi Goldberg en fait des tonnes mais ça reste assez drôle et Demi-Moore est adorablement craquante. Bref, ça reste encore très sympathique et pas du tout nian-nian comme je le pensais. Chouette film qui permet en plus de prouver que les chats peuvent voir les morts.

 

ghost1

Le jeu préféré de Patrick : Bouh le chat !

 

 

 

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chucky1 Dans la même soirée, j'ai pu, oh joie, oh bonheur, voir le premier Chucky, là aussi jamais vu. Surprise de constater une bonne série B fantastique pleine d'humour noir avec des passages assez inquiétants (belle utilisation de nappes de synthés ambiant alliés à une mise en scène qui quadrille tout l'espace de lieux communs --chambre, couloir, cuisine, salle de bain-- pour mieux en refermer le piège sur une mère et son infortuné gamin). Quand en plus la poupée (incarnée par le vétéran Brad Douriff) se dote d'une animation incroyable qui n'a pas pris une ride (animatronique ou animée de l'intérieur quand ce n'est pas de l'animation image par image), que les cadrages sont assez soignés et que le film joue aussi bien sur les effets chocs (l'attaque du policier dans sa voiture par un Chucky complètement cinglé avec un gros couteau de boucher, il faut le voir pour le croire. Cela pourrait virer cartoon mais non, c'est sec et carré) que la suggestion, on obtient là une perle. Et visiblement les autres volets ont l'air assez chouettes, sans doute moins sérieux, plus drôles mais maintenant j'ai envie de tous les voir (notamment la fiancée de Chucky). Mais je me demande la raison des suites quand on voit ce qui arrive à Chucky à la fin (reprise du final de Terminator quasiment... en plus petit bien sûr mais tout aussi impressionnant). Bon, on verra bien... Même si la raison du retour est foireuse et peut-être vénale, je ne dis pas non à mon plaisir.

 

 

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the_human_centipede Et encore une sacrée découverte ! Cela faisait longtemps que ça me démangeait et ayant trouvé le film en occasion, j'ai sauté le pas tout en sachant très bien où je mettais les pieds puisque Jordan de Popkotidien en parlait en d'autres lieux et que je m'étais pas mal renseigné sur le film (une amie me forçait presque à le voir l'an dernier). Et quel film ! Une histoire d'horreur qui prend son terreau dans un quotidien presque banal, l'horreur à portée de chez soi. Ici pas de monstres extravagants sauf le savant fou (chirurgien fou ?) campé génialement par Dieter Laser, le Dr. Heiter, qui a depuis longtemps abandonné toute humanité depuis que ses chers toutous sont au paradis canin. Le pitch de départ est prévisible, la suite l'est beaucoup moins : deux touristes américaines paumées et trempées par la pluie sont recueuillies par notre docteur isolé. Là vous vous dites, elles vont être capturées et torturées par Eli Roth en personne. Presque, parce que c'est beaucoup moins gouleyant (j'aime ce mot) que ça et puis ce serait trop facile... Le cher docteur veut juste créer un centipède humain où chaque humain serait rattaché à un autre. Et ce cher Heiter est d'ailleurs un spéciliste de la séparation des siamois donc...

A part son final (surprenant mais dans la logique du film), le film n'est jamais gore mais déstabilise et fascine par ses partis-pris : esthétique soignée, cadrages impeccables, travail du son (sur les bruits du corps notamment, ce qui pourra en révulser certains, pas ceux élevés toutefois avec du Cronenberg dans le biberon comme moi) assez bien foutus et surtout un humour noir a toute épreuve à travers le personnage de Laser, impitoyable, portant aussi bien le film sur ses épaules que les autres acteurs (investis corps et âme d'ailleurs). D'ailleurs le film est beaucoup plus fin qu'on pourrait le croire car il joue sur les ambivalences entres personnages : si au début on suit le docteur (qui voit un gros beauf sortir de son camion pour aller chier dans un coin hors de la nationale. Sa première pensée ? Prendre sa carabine, la planquer dans son imperméable et sortir pour aller viser pépère qui se soulage !) et qu'on n'est guère attaché aux deux jeunes filles, par la suite, notre point de vue s'inverse. Non pas qu'on ne s'attache plus au docteur (le personnage est vraiment incroyable, c'est l'un des meilleurs savant fou que j'ai vu depuis une bonne décennie, voire plus), mais que nos deux petites touristes caricaturales commencent à nous émouvoir. Enchaînées au "centipède", elle tentent de s'entraîder et se soutenir le plus possible dans cet état. D'autant plus que la tension monte, la police cherche les disparues, va t-elle sonner à la maison du bon vieux docteur ? A ce stade, on devient de plus en plus de leur côté jusqu'à un final donc surprenant, radical et terriblement touchant. Grand film, ce qui n'était pas gagné d'avance. J'ai horriblement envie de voir la suite maintenant.

 

 

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exercice_de_letat Encore un autre film que je voulais voir depuis le temps et que j'ai vu quasiment en même temps que The human centipede (le jour d'après en fait). S'il n'y a rien de neuf sous le soleil (la vie d'un politique vue à travers son prisme), le film est assez fascinant dans sa mise en scène, entre onirisme flagrant (l'ouverture ou ce passage brutal au montage où Gourmet manque de se faire étrangler en haut d'un escalier) et vie toujours pressée, toujours plus rapide où les choix cachent des discours de façades, beaucoup de renoncements et des prises de positions étouffées par la logique d'état. Olivier Gourmet est très bon dans le rôle de cet homme broyé par le système et qui n'a d'autre choix que de s'y plier (la fameuse privatisation des gares qu'il ne voulait pas lancer). Les autres rôles (notamment Zabou Breitman et Michel Blanc) sont aussi au taquet. Le reste du film se distille comme un vénéneux poison duquel on devrait quand même se méfier (l'impressionnante séquence de l'accident qui arrive au moment où on s'y attend le moins), toujours ambigü aussi bien envers les personnages que le système politique en place : on pourrait du coup à la vision du film penser à un gouvernement de droite mais comme le rappelle le cinéaste dans un excellent document audio avec Michel Ciment livré en bonus, la privatisation est tout autant l'apanage de la gauche que de la droite. En outre, jamais un parti ne sera nommé, le président de la république étant abrégé P.R, mais que tous les acteurs prononcent "père" (intéressant là aussi). On notera aussi de petites piques faciles et assumées (la sncf s'en prend un peu la gueule, bien fait). Très bon film qui à le mérite de gratter plus la surface que d'autres même si l'on se doute déjà de tout ça quand on voit le cirque continuel des "puissants" et nantis de la politique au journal, radio ou télé. Il faudra que je voie prochainement Une affaire d'état dont l'ami Jordan trouve qu'il fait un bon complément dans ce diptique politique de qualité auquel le cinéma français ne nous a pas habitué ces dernières années.

 

 

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Blancanieves_2 Blancanieves de Pablo Berger est une nouvelle variation de Blanche Neige, cette fois située dans l'Espagne des années 20. De toutes les récentes adaptations du conte qu'on a pu avoir sur nos écrans en 2011 et 2012 (car elles furent légion), c'est sans doute la plus cruelle et ironique, utilisant plus le conte comme toile de fond et ne cachant pas ici la dureté et l'iconisation dont participent la mort (à la fois vengeance, meurtre, exposition d'un corps à la vue de tous alors qu'il est déjà froid et inerte).

Si l'histoire n'est pas nouvelle (on reprend les grandes lignes du conte) et que cela ne favorise pas toujours l'attachement aux personnages ou à l'histoire, on applaudira en revanche l'écrin noir et blanc (si The artist n'avait pas marché, nul doute que ce film fascinant ne serait pas sorti chez nous en salles), la démarche respectueuse envers le muet (pas de paroles mais des cartons et une musique assez belle... mais qui pourra parfois faire remplissage), le montage parfois génialement expérimental (disons qu'au regard de l'époque actuelle, il se rapproche plus de ce qu'on a pu voir chez Eisenstein ou Epstein), des cadres photographiques d'une beauté renversante et surtout une Maribel Verdu en belle-mère à croquer.

 

 

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propo2  Dans l'arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif...Le Capitaine Stanley s'est juré de "civiliser" le pays sauvage australien. Ses hommes ont capturé deux des quatre frères du gang Burns : Charlie et Mikey. Les bandits ont été jugés responsables de l'attaque de la ferme Hopkins et de l'assassinat de toute une famille. Manque Arthur, le plus âgé des frères Burns et chef du gang, réfugié dans un coin perdu. Le Capitaine Stanley propose alors un marché à Charlie : retrouver son frère aîné en échange de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mikey. Charlie n'a que neuf jours pour s'exécuter, sans quoi Mikey sera pendu...

 

The proposition (John Hillcoat - 2005) est presque quasiment parfait. L'interprétation des acteurs (tous géniaux même John Hurt dans un rôle quasi-météoritique), la photographie somptueuse de Benoît Delhomme, la passionnante histoire de Nick Cave sans compter sa musique... Curieusement ma mère et moi avons pensé à un autre cinéaste pour le coup : Terrence Malick et sa Ballade sauvage. Comme dans ce dernier, une violence placée à égalité avec une contemplation de grands espaces et d'une topographie difficilement appréhendable autrement qu'en touchant au sublime. The proposition s'avère toutefois plus brutal que la dureté cotonneuse et ouatée du film de 1973.

Comme pour d'autres grands films abordant l'Australie par son histoire ou une analyse sociale (je pensais aussi pour de nombreux plans et l'ambiance ressentie aussi bien à Walkabout qu'à Pic-nique à Hanging Rock), la fascination dépasse tout. Aucune lourdeur dans le film qui dure presque deux heures, tout passe comme une lettre à la poste. Cave se révèle un génial scénariste puisqu'il construit avec peu de moyens l'image d'une famille de hors-la-loi marginaux tous sauf illettrés et stupides mais possédant un fort socle moral (ce qui ne se met pas en contradiction pour tuer des gens) teinté d'une pincée de mysticisme (Arthur se révèle grand connaisseur de littérature et de poésie).
Grand film.

 

 

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(*) Ah bah oui, tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir une copine qui pouvait vous montrer ça. En l'occurence les filles avec qui je suis sorti ne m'ont jamais montré le film, c'est triste. Mon pauvre Patrick, comment on t'oublie dorénavant au profit des Viggo Mortensen et autres Ryan-asperge-Gosling (pas taper, pas taper, mais bon voilà quoi, Drive, moi aussi je peux le faire, un rôle où je dis juste oui --silence de 5mn--, non --nouveau silence de 5mn, mouvement de tête vers Carey Mulligan, baisser les yeux, attendre encore 5 mn-- oui finalement je reprendrais bien encore du gâteau.)... gneee

(**) En y réfléchissant je n'y avait pas vraiment fait trop attention mais Macha Méril a eu une carrière fantastique. On la retrouve aussi bien chez Godard (Une femme mariée où sa beauté érotique irradie l'écran) qu'Argento (Les frissons de l'angoisse donc) que Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble), David Hamilton, Jean Yanne, Bertrand Blier... Incroyable. Je l'ai adorée dans les deux films que j'ai vu, je pense que je la retrouverais avec plaisir chez Pialat et Jean Yanne.