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28 ans, Tom semble marcher sur les traces de son père dans l'immobilier véreux. Mais une rencontre fortuite le pousse à croire qu'il pourrait être le pianiste concertiste de talent qu'il rêvait de devenir, à l'image de sa mère. Sans cesser ses activités, il tente de préparer une audition...

Je dois avouer que je ne suis pas spécialement cinéma français et que ma position généralement est des plus radicales : face au nivellement par le bas prôné par les chaînes de télé qui financent une bonne partie de nos films, pour moi le cinéma français est mort. Si cinéma français il existe, c'est en grande majorité les films du passé qu'il faut voir. Nous n'avons plus de Bresson, Truffaut, Melville, Renoir, Carné et les cinéastes actuels français à relever le niveau ne sont plus qu'une poignée face à une médiocrité plus nombreuse. Qu'on ne me cite pas Godard, si le bonhomme a fait partie de la Nouvelle Vague et que je trouve fabuleux ses oeuvres des années 60, par la suite, ça se gâte méchamment, fallait pas avoir les chevilles qui gonfle. Resnais j'adore mais comme Chris Marker, c'est un ovni libre et les deux risquent de disparaître hélas prochainement. Desplechin, je commence à découvrir et c'est grand. On sent chez le bonhomme une volonté de transcender le texte par l'image et un récit à plusieurs niveaux. Mais le gus est seul là aussi, à quoi le rattacher vraiment ? Cedric Kahn, j'y ai cru mais ses dernières oeuvres sont franchement moyennes ("l'Avion"... On était en droit de demander une meilleure adaptation de la génialement traumatisante Bande Dessinée "Charly" de Magda et Lapière (éditions Dupuis). Bon en même temps reconnaissons que l'entreprise était franchement hasardeuse, la BD plaçant déjà la barre très haute). Breillat est médiocre et misérabiliste, heuresement Pascale Ferran remonte amplement le niveau. Besson s'est lui-même plombé le jour où il a découvert qu'il pouvait être scénariste et producteur et commença à nous sortir des histoires de Taxi... Rohmer m'endort, Chéreau j'ai rien vu, Leconte je me méfie, Rozier j'ai vu juste (et bien apprécié) qu' " Adieu Philippine", Jeunet... Boarf, j'aimais bien à une époque mais bon, je sais pas, impossible de vraiment me souvenir d'un long dimanche de fiançailles autrement que par ses scènes très techniques. Un peu le même reproche pour Amélie Poulain qui à la 2135e revoyure me semble une suite de saynètes, scènes techniques formidables et sketchs que seulement le personnage d'Audrey Tautou rattache.

Bref, le constat est maigre. Pour un "Pour elle" ou un "Oss 117" qui surgissent tous les 5 à 10 ans, on doit souvent se farcir des choses pas possibles, parfois de pseudos-auteurs, parfois des jeunes premiers qui essayent de faire plus ou moins quelque chose, sans compter la vague française horrifique récente qui avait visiblement un sérieux problème d'Oedipe avec ses aînés mais n'a franchement rien pu pondre de valable. Frontières ? Humains ? Martyrs ? Sérieusement, se souviendra t-on encore de ces films là dans quelques années sinon dans les bacs de dvd et blu-ray à très bas prix ?

Le cinéma français et les bons auteurs se comptent sur les doigts de la main (bon, 2,3 mains quand même, ne soyons pas chauvins) et personnellement, si il y en a que je trouve aussi fabuleux que Resnais à l'heure actuelle, c'est bien Jacques Audiard.

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Jacques, c'est bien sûr le fils de... On ne va pas refaire l'histoire évidemment mais c'est avant tout un grand cinéaste. J'avais auparavant vu "Un héros très discret" (Mathieu Kassowitz y est grand) qui était un sympathique film qui laissait présager de belles choses. De battre mon coeur s'est arrêté (soulignons le très beau titre au passage) montre que le réalisateur va bien plus loin. Cette fois la caméra, quasi nerveuse, colle véritablement à un Romain Duris (que j'avais toujours trouvé moyen et qui se révèle ici tout bonnement grandiose, sa prestation est aussi immense que celle d'un De Niro, un Pacino ou un Dewaere à leurs plus grands moments et c'est pas une blague) qui vampirise et porte complètement le film de bout en bout. Il faut dire aussi que pour ce remake (à la base, Audiard s'inspire du film américain de 1977, "Fingers"), le réalisateur fait lentement monter crescendo et histoire et tension : Par le piano, c'est une rédemption que s'achète Tom et au vu de ses progrès (il n'a jamais vraiment perdu la main mais il lui fallait la retrouver), on a de plus en plus envie de le voir réussir et c'est en celà, ce constat si simple qu'Audiard fait lentement monter le suspens : y arrivera-t-il ? Ou pas ? Basique mais diantrement efficace donc. Jusqu'a changer subtilement le thriller de base en un drame presqu'intimiste avec juste ce qu'il faut de tension de bout en bout pour s'approcher de la frontière et de la rupture. D'ailleurs Duris porte tellement tout le film que les autres comédiens, à part Niels Arestrup très bon, essayent despéremment de suivre l'acteur lancé sur sa trajectoire tel une comète folle sans vraiment y arriver. On est donc content de trouver une Aure Attika (la princesse royale du premier Oss 117 huhu --"faudrait arrêter les noms d'animaux là !") mais comme les autres, elle peine a rattraper le train Duris.

Après, le film a bien sûr quelques petits défauts (par exemple, une fin qui pourrait tomber trop vite) mais ceux-ci sont néanmoins justifiés par le film en lui-même (la fin citée est néanmoins logique car le film est le récit d'un apprentissage et d'une initiation (dans la nervosité certes), Audiard s'intéresse exclusivement à celà et non aux conséquences finales qui se produisent puisqu'elles sont inhérentes au personnage de Duris, sa sauvagerie mais aussi dictée par le film en lui-même. Si Audiard ne s'y attarde pas, c'est parce qu'en grand etymologiste minutieux, c'est l'insecte Duris qu'il essaye de capturer en bocal et non ce qu'il fait). Grand, très grand film, attention.