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4/ Les choses se gâtent un peu avec la quatrième séquence qui entame le "creux" du film. Non pas que ce soit mauvais mais que l'ensemble va être des plus convenus et peu original pendant quelques morceaux. Ici sur fond du second concerto pour piano (mouvement allegro) de Chostakovitch, on nous propose un conte relativement connu d'Andersen (si je ne me trompe pas), le petit soldat de plomb. Ce qu'on remarque d'abord c'est que plus que sur l'histoire des baleines, c'est entièrement généré par ordinateur. C'est ce qui fait la beauté de l'objet (des jouets dont on doit sentir la 3D) mais aussi sa limite puisqu'on ne la perçoit que trop bien dans un film essentiellement en 2D. Quand à l'histoire, elle est relativement connue la majeure partie du temps donc laisse peu de place à la surprise, hélas.

 

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5/ C'est sur le final du carnaval des animaux de Saint-Saens que se joue la cinquième histoire. La musique de Saint-Saens par sa vivacité et ses couleurs a souvent été reprise dans le cinéma, et souvent par de grands réalisateurs toujours inspirés (on en trouve une des meilleures illustration chez Terrence Malick dans Les moissons du ciel par exemple. Encore récemment Wes Anderson en mettait dans son Moonrise Kingdom), il est donc naturel de la retrouver ici. D'autant plus que ce segment est complètement "pop", en plein dans un certain esprit cartoon propre aux anciens petits dessins-animés du studio. Pourtant je vais encore trouver le moyen de râler un peu, et doublement. Là où l'on reprend intégralement le Rhapsody in blue de Gerschwin, je m'étonne de ne pas retrouver le carnaval des animaux en entier. Cela n'aurait nullement rallongé artificiellement la durée d'un film hélas un peu court tant tout s'enchaîne et fait sens (1h14 là où celui de 1940 avoisinait deux heures de pur bonheur). Du coup celà amène le second reproche lié à ce segment... il est trop court.

 

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6/ Et.... on revient à 1940. Sans rien changer, si ce n'est sans doute que la séquence est un peu plus rapide sans doute. Ce qui était une bonne initiative devient selon moi LE gros point noir de Fantasia 2000. Car, quand on connaît et adore son grand frangin, on ne peut qu'être un peu gêné de retrouver tel quel l'apprenti-sorcier sur fond de Paul Dukas. Pourquoi ? Pour établir un rappel ou un lien avec le précédent film ? Et la musique classique avec présentation de musiciens ou l'ouverture abstraite, ça compte pour du beurre, peut-être ? Un mérite toutefois, il faut que je me penche sur la musique de Dukas, ça reste toujours aussi captivant et je ne connais rien du bonhomme... sauf bien sûr l'apprenti-sorcier ! Je me demande si ce n'est pas l'arbre qui finit par cacher la montagne à propos de ce compositeur.

 

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7/ Et Fantasia 2000 redécolle à nouveau pour aller lentement plus haut jusqu'au segment final. A nouveau une histoire connue (la bible quoi) mais du point de vue de Donald et Daisy, modestes assistants de Noé dans son entreprise pour sauver les animaux (et l'humanité) du déluge avec les quatres mouvements du Pomp and Circumstances de Sir Edward Elgar (pour l'anecdote je sais que vous vous en fichez mais j'ai découvert 2 de ces mouvements grâce à Orange Mécanique). A nouveau l'intégralité de quatres parties majestueuses dans une histoire où règnent une émotion palpable (Daisy et Donald se perdant de vue finissent par croire chacun de son côté que l'autre n'a pas survécu quand le déluge commençait) et de l'humour (surtout quand notre canard essaye de se faire respecter de tous les animaux de l'arche et se fait souvent pincer, démolir, écraser... Et puis le clin d'oeil aux dragons et licornes qui se marrent devant tout ce remue-ménages mais n'appartiendront plus qu'à la légende l'instant d'après, petite ironie bienvenue). Assurément une petite perle.

 

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8/ Il fallait bien que le film se termine en apothéose et c'est ce qui arrive avec la dernière séquence, sans doute la plus longue (avec Rhapsodie in blue), la plus belle et époustouflante, d'une rare fluidité, L'oiseau de feu (version de 1919) de Stravinsky. Celle-ci nous montre avec une rare poésie une petite muse venant apporter le printemps, épaulée par un cerf qui la réveille et lui apportera un soutien non négligeable par la suite. On pourra gloser sur le mysticisme caché de nos deux (et bientôt trois) personnages principaux (esprits et divinités de la nature comme chez les indiens ? Personnification de cette dernière à travers la force primale, animal et masculine --le cerf-- et la douceur, patience et ingéniosité féminine --la muse verte-- ?), mais qu'importe, on est embarqué d'emblée, non stop.

 

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D'autant plus que l'histoire très simple, n'explique jamais lourdement ce qu'il y a l'image, il suffit de suivre pour comprendre que nous avons là affaire au cycle de vie (végétale mais aussi animale avec la résurrection de notre muse), à quelque chose qui, au delà de l'image prône la vie-même avec une virtuosité des plus clouantes. Nous avons donc notre petite héroïne, le cerf et voilà que débarque le fameux oiseau de feu, personnifié par l'éruption d'un volcan et sa fureur même qui se transforme en un monstrueux volatile de lave dévorant tout sur son passage, pour ne se calmer que lorsqu'il aura détruit la frêle créature qui l'a réveillé de sa torpeur millénaire.

 

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Fruit du talent de deux petits génies français méconnus, les frères Brizzi auxquels le studio a donné sa chance et les moyens (qui se souvient auparavant d'Astérix et la surprise de César en 1985 ?), c'est sans doute non seulement l'histoire la mieux réussie mais aussi sans doute la meilleure de toute (même si perso, le passage "Gerschwinien" m'a emballé plus que de raison). Cela regorge de beauté et d'idées (de traitement --la "muse" dispose d'une sorte de drapé qui forme son corps comme une robe organique. Le simple fait de passer sur la nature endormie de l'hiver crée une espèce de couverture qui annonce le printemps; de mise en scène) et permet de conclure ce nouveau Fantasia sur une note plus que positive.

Au final si l'on fait le bilan et malgré un "creux" au milieu du film, on atteint toutefois le sublime et une forme d'expérience rare qui en font un film indispensable.