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Boy, onze ans, habite dans un village maori avec sa grand-mère, son petit frère Rocky, et une tribu de cousins. Il vit dans un monde imaginaire, est fan de Michael Jackson et de son nouveau tube « Thriller ». L’autre héros de Boy est Alamein, père absent que le jeune garçon imagine tantôt en samouraï maori, tantôt en star du rugby ou encore en intime du roi de la Pop.
Après sept ans d’absence, lorsque Alamein rentre à la maison, Boy va devoir confronter ses rêves à la réalité...

 

Très bonne petite surprise qui nous vient de Nouvelle Zélande. Je n'attendais rien de ce petit film de 2010 passé inaperçu chez nous en septembre 2012 alors que là bas chez lui, ça a été l'un des plus gros succès de ces dernières années. Un succès qui s'est vu confirmé par l'avalanche de prix ensuite en divers festivals (dont le grand prix du meilleur film au festival international de Berlin) et chez nous... Pfuuiiit, quelques salles et hop, sans doute écrasé par les poids lourds Des hommes sans loi et sans doute plus Camille retrip... redouble. Et c'est d'autant plus rageant que ce petit film à la fois drôle et tendre qui n'occulte jamais la dure réalité des tribus maoris de l'époque (on est en 1984 et beaucoup de jeunes et adultes préfèrent adopter une identité de gangs vaguement inspirée de modèles occidentaux comme l'indique le réalisateur en anecdote du dossier de presse. Ce n'est que plus tard qu'un retour aux valeurs autour de l'identité maori s'effectuera. cf L'âme des guerriers de Lee Tamahori qui dans mes souvenirs traitait un peu de ce sujet --a confirmer) et le traitement des enfants s'avère tellement original et juste qu'à mon sens il mérite en effet un peu plus de reconnaissance.

 

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Comme Boy est une comédie douce-amère, on peut ne pas faire attention au premier abord à sa mise en scène mais pourtant elle s'avère tout autant basique qu'efficace et soignée. Cela se traduit par exemple par des plans souvent assez bien composés dans une nature qui aident beaucoup. Il y a aussi une histoire pleine de bon sentiments (cela s'adresse aussi bien aux enfants qu'aux adultes) mais avec un très bon dosage entre petites scènes dramatiques souvent noyées dans l'imagination débordante de Boy (a chaque fois que cela peut mal tourner, le gamin s'imagine un peu tout et n'importe quoi tel cette improbable dance entre gangs et clients d'un bar alors que l'instant d'avant tout allait dégénérer en bagarre. Ce qu'on retrouvera quelques minutes après via les visages tuméfiés du père de Boy et son "gang". "L'ellipse" qui instaure le retour à la réalité ne fait que donner plus de force à cette dernière et charge lentement de mimer l'optimisme et l'admiration du gamin envers son paternel)... et moments assez drôles. Notamment dès le début avec une séquence d'évasion imaginée par Boy de son super-papa hors de prison...

 

"Il s'est évadé.

_ Comment ?

_ Il a creusé un tunnel.

_ Comment ?

_ A la cuillère.

_ Et les gardes ?

_ Il les a trucidés... A la cuillère."

 

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De quoi parle Boy au fond ? D'une histoire simple, la relation entre un gamin admiratif de son père absent et la confrontation avec la réalité. Jusqu'au bout, Boy se cache le fait qu'il a finalement en face de lui un looser irresponsable et immature (joué par le réalisateur lui-même, fabuleux en raté pas possible). Jusqu'au bout le paternel ne cache jamais le fait qu'il semble revenu là pour un maggot qu'il aurait planqué dans un champ annexe quand il a essayé d'échapper aux flics et que, le fait de retrouver son gamin ne semble qu'un prétexte. Jusqu'à ce que finalement le destin finisse par les rapprocher et les mette face à face.

Jamais glauque, toujours drôle, Boy évacue les moments casse-gueule avec une sorte de légèreté et grâce bienvenue (deux, trois scènes pourraient toutefois s'écarter du tableau idyllique que je brosse mais le réalisateur ne s'y attarde pas trop) et une poésie constante qui tient dans le décalage entre le monde des adultes et la vision toujours décalée qu'en brossent à la fois Boy et son frère Rocky. Si Boy modifie la réalité comme un film, Rocky, comme ses nombreux dessins, s'imagine doté de pouvoirs... lesquels finalement ne semblent pas toujours marcher, comme voués à des "pannes". Son imaginaire est du coup représenté comme différencié de celui de Boy par la méthode de l'animation, ici basée le plus souvent sur ses nombreux dessins qui se mettent alors à prendre vie au détour d'un plan.

 

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Bien essayé petit mais le bus et ses infects chiards dedans n'a pas explosé dans le virage.

 

Bref un très sympathique film recommandé qui mérite d'avoir un public plus large. A voir en famille comme tout seul, cela n'altère en rien son charme bricolé et sa description des plus justes (car universelle) de la fin de l'enfance et du difficile passage dans l'adolescence.

 

- Distribué en DVD par Arte depuis le 5 février.

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Peu de bonus mais ils s'avèrent tous assez intéressant. On notera donc une courte et rigolote présentation du film par le réalisateur Taika Waititi lui-même (j'aime bien quand les bonhommes font eux-même leur présentation, on note tout de suite quand ils sont sincère et que l'objet dépasse le bidule promotionnel souvent langue de bois. Ici c'est fun et tout à fait dans l'esprit du film) et deux plats plus consistants que sont "two cars, one night", court-métrage de 2005 du réalisateur, nominé au oscar ainsi qu'un making-of qui dévoile les ficelles du film (notamment des trucages et décors basiques mais, il fallait y penser). Le court-métrage en noir et blanc raconte ce qu'il peut se passer une nuit entre deux voitures voisines sur un parking entre deux gosses, un garçon et une fille qui doivent chacun attendre leurs parents, qui s'injurient bêtement avant de tenter un contact plus subtil. C'est touchant, on sent déjà les germes de BOY dedans. Un beau petit cadeau que nous livre donc Arte avec ce film.