Ah oui tiens, ça faisait depuis mars de l'année dernière que je n'avais plus fait de mini chroniques sur des films sortis en salles ou redécouvert en dividi ou blou, voire avec un ami (bières disponibles ou pas, canapé également en option) ou que ne sais-je. Je t'avoue lecteur que ça me titillait comme ça là, dans le dos (oh oui, gratte moi le dos, ouiiiiii, ohhhhh, ça fait du biiiiiiiiiiiien). Bien, bien, let's go.

 

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carolfilm N'ayant pas vu Loin du paradis de Todd Haynes, j'éviterais toute comparaison basique qui pourrait être d'ailleurs déplacée. Je ne reprendrais pas plus le commentaire d'un de mes amis qui disait que ce film était "l'anti Vie d'Adèle", même si je comprends tout à fait ce raisonnement. Non pas que ce ne soit pas comparable au contraire (c'est là aussi une rencontre entre deux filles qui résultent d'un coup de foudre terrassant où la passion suinte de tous les pores, plus retenue pour mieux exploser), mais parce que ce film, faussement classique (académique dans la forme, et pourtant...), vrai mélo moderne, fut un vrai éblouissement perso qui se résume à peu de choses, ce qu'on appelle tout bêtement, la grâce.

Cadrages exemplaires, photographie superbe, musique d'un Carter Burwell en très grande forme (bande originale nominée aux oscars, parmi tout plein de nominations méritées d'ailleurs), mise en scène faussement basique (ces ellipses et fondus au noir au sein d'un même plan qui continue parfois par surimpression ou le reflet d'une vitre ! Un montage qui sait se faire alerte entre le rythme et l'apaisement), histoire toute en subtilité qui traite tout autant d'une histoire d'amour entre deux êtres pleine de possibles (et le réalisateur n'appuie jamais l'homosexualitée supposée de ses personnages, vraie marque de respect de son spectateur. Ainsi le personnage de Carol n'est pas purement gay, elle a déjà eu un enfant et sans doute a t-elle profondément aimé ce mari qui est maintenant un poids mort. De même Therese ne sait pas vers quel sexe elle éprouve de l'attirance, elle hésite encore) que de l'histoire des femmes en filigrannes et des contraintes qui, de tous temps ont pesé sur elle (ici dans les années 50, la justice et la garde de l'enfant sont un fallacieux prétexte pour annuler toute tentative de divorce sous peine qu'elle serait une mauvaise mère alors qu'on la juge justement non pas sur ses capacités maternelles mais justement parce qu'elle éprouve de l'attirance pour quelqu'un du même sexe). Enfin deux actrices fabuleuses avec une Cate Blanchett qui assume pleinement d'être une femme mûre de 46 ans et puis Rooney Mara, petite jeunette, petit "trésor tombé du ciel", à la coupe et sourcils à la Audrey Hepburn, aussi élégante qu'Audrey. 

C'est beau, c'est le feu sous la glace, c'est intelligent, fin, émouvant même. C'est ce que j'ai vu de mieux depuis ce début d'année morose avec Les filles au Moyen-âge.

Mais Zootopie arrive très vite, youpi.

 

 

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l'étreinte du serpent ciné Pendant qu'on est hors des sentiers battus, je voudrais évoquer rapidement L'étreinte du serpent de Ciro Guerra. Après l'histoire d'une femme avec une femme, voici dans la jungle, l'histoire d'un homme avec un homme et... Non, stop, arrêtez, c'est pas ça du tout. Ce beau film hypnotique et contemplatif est en fait un constat à travers l'histoire de deux explorateurs à 30 ans d'écart, sur la civilisation indienne et sa déchéance, le tout peuplé d'une poignée de mysticisme fascinant.

Guerra filme l'intégralité de son film en noir et blanc, alterne les allers-retours entre deux époques, entre deux explorateurs et filme les conséquences de l'arrivée de l'homme blanc, qu'il l'ait voulu ou pas. Pas de colère, pas de crainte non plus, juste un constat qui se drappe d'une immense mélancolie troublée par quelques images en couleurs, scènes de trip dans l'imaginaire indien à la toute fin, comme pour dévoiler les clés d'une autre culture que l'on ne peut que rêver, ne pouvant justement en avoir qu'un aperçu dorénavant que le temps des rêves est bel et bien fini. Presqu'un grand film. En tout cas une oeuvre passionnante où plane l'ombre immense d'Herzog et qui arrive paradoxalement à trouver son propre style, chapeau.

 

 

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le voyage d'arlo En 2015, Pixar nous a généreusement gratifié non pas d'un film, mais de deux ! Evidemment après le sommet que constituait Vice-versa, difficile de remonter la pente au même niveau. C'est donc un pixar mineur mais bourré de pas mal d'idées fort sympathiques qui en font tout le sel, même si avec le recul, le film est hélas un peu oubliable. Le thème du film est basique, voire (trop) convenu (c'est presqu'une commande de Disney à ce stade, d'ailleurs je crois que c'en est une) : le courage, l'assurance en soi (en filigrane pour les parents, la prise d'apprentissage des enfants à pouvoir grandir et couper un peu le cordon ombilical). Mais Pixar pervertit avec un peu plus de manoeuvre que sur Rebelle le thème du film. A savoir le développement des dinosaures s'ils n'avaient pas disparus, donc une société qui aurait comme nous, développé la culture, l'élevage, la chasse, les hobbies, le langage et "l'écriture" (une patte de dino servant ici de marqueur pour s'élever dans la famille)... Sans avoir pollué la terre de fond en comble, en restant à des sociétés plus proches de la nature qu'autre chose.

 

On pourrait aussi citer que c'est toute la culture humaine (américaine en grande partie plutôt) qui est transposée ici dans un monde de dinos où l'humain n'est somme toute qu'une créature domestique de plus (quand il n'est pas de la bouffe potentielle.... comme l'humain a tendance également à bouffer tout ce qui lui tombe sous la main, revers du miroir je dirais). On retrouve donc un shaman ou hippie (le styracosaure, meilleur perso du film !), des yankees/cowboys (la famille de T-rex et leur troupeau qui fait écho à Bruce du monde de Némo dans le style méchant oui mais juste en apparence en fait. Géniaux persos les t-rex), des fermiers (la famille d'Arlo), des gangs de racailles ou voleurs de bétail...
Et pour rester dans la culture humaine, une séquence hallucinante de fruits drogués qui font penser à un trip sous LSD (à mourir de rire). Il fallait oser, Pixar l'a fait. C'est nawak, c'est grand et plutôt osé dans une oeuvre finalement gentille, trop gentillette (j'y viens, j'y viens).

 

Graphiquement c'est presque du photo-réalisme pour l'ensemble des décors, c'est hallucinant.

Sans compter les cadres et certains mouvements de caméra qui montrent que le truc a été pensé vraiment à fond (un exemple encore de la subtilité du truc : les mouvements des pattes des dinos. Ils n'ont pas de membres aussi développés que nous comme nos bras, doigts, mains. Comment font-ils ? Et bien en plusieurs millions d'années, le travail de la gestuelle a pu être poussé bien loin et il est toujours génial de voir les gestes humains transposés aux corps des dinos. Je m'émerveillais à chaque plan. Un autre exemple avec un serpent "à bras" qui montre que n'importe quel reptile a évolué depuis à sa manière).

Après, émotionnellement et c'est là le gros hic, on reste parfois un peu en retrait. D'abord parce qu'on ne s'attache pas toujours à Arlo (qui en fait trop. Le personnage est presqu'une caricature de personnages Disney avec la même morale surlignée cette fois au stabilo rouge) et son compagnon humain (quoique), ensuite parce que certaines scènes bousculent un peu chez Pixar. Je ne vais pas spoiler non plus mais il y a bien un ou deux trucs grinçants comme si le film était à la fois pour les enfants mais avec des clins d'oeils un peu plus durs pour les adultes (d'ailleurs sur un passage --je ne spoilerais pas non plus-- on se croirait revenu sur une des anciennes productions hystériques et cyniques de Dreamworks !). Donc on risque parfois de décrocher un peu ou de s'interroger sur la finalité du truc (était-ce nécessaire ces 2,3 scènes un peu hard ?). Apparemment comme Rebelle, le film a eu une production chaotique mais ça se voit moins, ou se ressent moins. Somme toute, c'est quand même un petit film sympa à voir mais hélas un peu dispensable au sein d'une si prestigieuse filmographie.

 

A noter la chronique de la coupine Elo qui dit les mêmes choses que moi. Mais en plus fun. Moins pédant que moi.

Pardon, je vais aller me cacher dans un placard.

 

 

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belladonna Encore trop rare, la Belladonne de la tristesse, fait partie de ces petits trésors déviants où l'animation se mêle à l'érotisme dans un propos évoquant la condition féminine au Moyen-âge et une possible libération par une autre voie que celle alors prônée par l'église (note pour moi-même, je n'en sors pas du Moyen-âge depuis quelques posts j'ai l'impression, ahem). C'est donc une libération sexuelle et intellectuelle qui vaudra à la belle Jeanne de finir au bûcher dans les griffes de l'inquisition. Résolument adulte et toujours aussi incroyable actuellement (mais ne le crions pas sur tous les toits, une certaine association qui veut un peu tout interdire continue de penser probablement que les dessins animés c'est que pour les enfants. LOL quoi. Et donc, par raccourcis que la science-fiction ça ne se limite qu'à star wars. LOLOL. Ou que une femme nue, sacrilège, ton gamin est terrorrisé (avec beaucoup de "r") à vie, quoi. A l'heure d'internet, où les jeunes générations ont plus vite accès au p0rn qu'à la culture, c'est rigolo oui. LOLILOL. TROLOLO. D'ailleurs le Deadpool sorti là au cinoche marche justement en amérique parce que les jeunes aiment qu'on disent des "fuck" et des trucs salaces par centaine. Mais bon, en même temps ces gens là, dès que la maison blanche est pulvérisée par le gros ovni de Independance Day, c'est ze big trauma d'un coup. Mouais. TROLOLOLOLMDRPTDR. Pardon) en raison d'une mise en scène qui alterne graphisme incroyablement stylisé (visuellement les références vont de Klimt et Schiele en passant par Druillet et Moebius, c'est très vaste), plans fixes avec plans surréalistes alliés à une musique rock psychédélique qui sent bon la fumette.

 

Je vous mets quelques images en dessous (bon je mets pas d'avertissement blog adulte sur mon blog mais sur deux images là, on frôle les limites hein. Et en même temps ce blog aime bien chatouiller parfois votre bas-ventre --ou le mien. C'est mon blog d'abord hé. Bien qu'ici ce puisse être douteux). Sinon plus sérieusement, le film s'inspire très fidèlement de l'ouvrage La sorcière de Jules Michelet, qui devait s'y connaître pas mal en ce qui concerne la répression du passé vu qu'il a écrit son livre en 1862 en tant qu'historien et écrivain libéral et anticlérical. Inutile de préciser que ce genre d'ouvrage lui a d'ailleurs valu les foudres de l'église. Il y a des vérités qui ne sont pas toujours bonnes à dire, certes. Le film reprend donc l'idée d'une émancipation en femme libre et cultivée qui dérange le pouvoir en place, le fait même vaciller. C'est troublant au final, violemment érotique, fin, intriguant et même si vous n'appréciez pas forcément le film, j'espère que vous apprécierez le voyage qui vaut bien le coup d'oeil.

 

 

 

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