danse_macabre

 

Diable ! Il arrive que nos pas nous mènent en des lieux d'apparence anodine, mais qui cachent des secrets qu'il vaudrait mieux laisser enfouis. Maudit soit Jerusalem's Lot et son église impie, profanée par le Ver ! Vampires, croque-mitaines ou fils du cosmos, dieu Pan obscène ou dieu du Maïs sénile et jaloux.... Ces êtres d'autres époques ou d'autres dimensions frappent sans scrupules et tuent. Mais n'est-ce pas dans l'ordre des choses ? Et si les objets familiers qui accompagnent notre quotidien se mettaient à nous vouloir du mal ? Soldats de plomb, camions roulant à tombeau ouvert, bulldozers ou repasseuses... A coup sûr, le Malin est à l'oeuvre ! Reste l'irrationnel à l'état pur. La bière avariée qui vous transforme en matière grise, ou ce mystérieux printemps des baies qui souffle un vent de folie sur les campus... Chacune de ces nouvelles est un reflet troublant de l'imaginaire de King...

 

En pleine lecture d'un roman de James Morrow mélangeant avec humour le thème du pacte avec le diable avec l'avènement d'un Jésus Christ au féminin en plein XXIème siècle, j'ai eu un gros blanc et arrêt de lecture. Et quand j'ai voulu reprendre le livre, je n'y étais plus, ça bloquait. En fait je n'avais plus envie de lire de choses consistantes pendant plus de deux mois (ce qui coïncide également avec mon ordinateur qui me lache si vous vous rappelez le post précédent). J'ai donc pris mon mal en patience en parcourant régulièrement des petites notes et articles de magasines divers, sachant que mon envie de lecture reviendrait.

 

Elle est revenue par la porte "Stephen King".

Et cela faisait bien une éternité que je n'avais plus renoué avec le King. Au début par jeu, je me dis que je vais lire une nouvelle courte (et il y a de quoi faire : entre quelques chose qui ne va faire que 4,5 pages et un écrit presque fleuve pour une nouvelle qui va de 20 à 30 pages on est assez gâtés), comme ça, dans le désordre. Et si je prends mon pied, je m'y remettrais à nouveau, allez. En piochant. En picorant. Une sorte d'apéro pour le cerveau. Et bien m'en a pris vu que je me suis retrouvé finalement à lire toutes les nouvelles et le finir tranquillement... en en redemandant ! Toujours dans le désordre (en comparaison avec l'ordre chronologique où son placées les nouvelles dans l'édition chez J'ai Lu dont je reprend la couverture parce que depuis avec les dernières rééditions, on a pas fait mieux, c'est même formidablement moche ces dernières éditions du point de vue visuel, comme si l'on voulait condamner l'imagination d'emblée au lecteur). Et souvent en savourant et me répétant à moi-même à plusieurs reprises "ah putain qu'est-ce que c'est bien, qu'est-ce que le gars raconte bien".

 

Oui, j'en avais oublié que King était un formidable conteur qui, écrit pour lui-même avant tout et pour se faire plaisir, et donc faire plaisir à ses lecteurs par là-même (pour reprendre la préface de John D. Mac Donald). Et chaque nouvelle de multiplier les instants anthologiques, une formidable histoire où il ne faut ici que quelques lignes à King pour poser le décor, la psychologie de tel ou tel personnage et souvent changer de thème et de genre avec une certaine maestria. De fait Danse macabre est presque le livre de nouvelles idéales pour commencer l'oeuvre de King, voire donc comme pour moi, s'y remettre étant donné que King, en bon cuistot vous servira plusieurs plats différents dans ce même menu.

 

Jugez donc, on a à la fois un hommage à Lovecraft (l'assez géniale Celui qui garde le ver et l'on pourrait même inclure la claustrophobique Poste de nuit bien que côté rats on pense plutôt à Bram Stocker), un avant-goût du Fléau (Une sale grippe qui en juste 5,6 pages relate une épidémie mondiale aussi efficace que celle de L'armée des 12 singes), un pur épisode de The Twilight zone ou Au delà du réel (Comme une passerelle), une relecture violente de Toy Story (Petits soldats qui ne fait joyeusement pas dans la dentelle et c'est tant mieux), du folklore revisité (Le croque-mitaine), un avertissement contre les dangers de l'alcoolisme ou du tabagisme (Matière grise et Desintox, inc), un peu de vampires histoire de s'amuser (Un dernier pour la route), une histoire abstraite de serial killer (Le printemps des baies), un court thriller purement policier basique mais diaboliquement efficace (La corniche. De quoi en faire un bon film, je dis ça, je dis rien), de l'épouvante dont seul King à le secret (la preuve, en film, ça passe moyen. Je cite donc Poids lourds --adapté par King himself dans un fabuleux gros n'importenawak, Maximum Overdrive (présenté d'ailleurs par l'auteur lui-même dans la bande-annonce huhu); et Les enfants du maïs) et même des petits bijoux de drames intimistes psychologiques à vous faire monter les larmes aux yeux (Le dernier barreau de l'échelle et Chambre 312).

 

Bref, à boire et à manger et à nouveau le goût de la lecture avec ce genre de repas ! Merci Stephen, les lecteurs te sont reconnaissants.