Une histoire de détective.

 

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Encore un de mes préférés avec Programme et Matriculated. Un univers presqu'entièrement noir et blanc avec de modestes teintes de vert et parfois deux-trois autres couleurs sur fond de musique jazzy. Bref, une relecture façon film noir de la matrice à travers l'histoire d'un détective qu'on charge de retrouver un certain Trinity. On sent que Shinichiro Watanabe, le créateur de Cowboy Bebop (l'animé pas le manga) et aussi réalisateur de L'histoire de Kid s'est fait cette fois diantrement plaisir. Mine de rien, l'histoire est basique, on navigue presque en cliché constamment avec la figure du privé mais qu'importe, je marche complètement. Les décors semblent des photographies de New York à peine retravaillées (Imaginez l'esthétique de Sin City qui aurait fusionné avec celle de Manhattan), la technologie semble parfois steampunk (l'ordinateur du privé qui est branché à un combiné... Un peu comme si dans les années 50, ce genre de technologie existait déjà. L'objet pourrait presque sortir de Brazil de par son anachronisme), on navigue presque dans Dark City pour un peu.

 

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Matriculated.

 

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Le voilà mon préféré, celui qui est tellement à part que je ne peux que l'aimer. Le plus étrange, le plus riche aussi et complexe. Le plus long aussi puisque si l'on prend en compte séparément les parties de la seconde renaissance, ici, on a un court de 15 mn 30. C'est Peter Cheung (Aeon Flux la série animée) qui s'installe aux commandes pour apporter son propre univers. Le sexe et la sensualité affleurent d'un coup plus que tout ce qu'on a vu auparavant. Cheung joue sur les couleurs (rouge des yeux des machines contre le vert pour montrer le changement de bord), évoque l'idée d'une matrice où les machines prennent alors conscience d'elles-même et peuvent choisir d'aider les humains (une coopération humains-machines au lieu des batailles sempiternelles, ah ben voilà, enfin), montre un monde à la limite de l'organique (les couloirs de fer d'où surgissent les sentinelles sont dignes de venir de l'esprit d'H.R.Giger, le dernier niveau de la simulation évoque un monde virtuel presque taillé à coups de peinture), n'oublie pas de se faire répondre ouverture et fermeture (même si le point de vue n'est alors plus le même, cf première et dernière capture)...

 

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Le plus troublant, c'est qu'ici il n'y a pas de héros à qui s'identifier pleinement et l'on en arrive à suivre le parcours initiatique... d'une machine qui s'éveille à quelque chose de nouveau. Cheung prend génialement le contrepied de Matrix dans ce qui pourrait presque sembler une ode à la tolérance et à la différence. Ses machines (qui peuvent muter pour prendre une posture de combat) peuvent même éprouver des sentiments (le robot qui se penche sur son collègue qui a été écrasé pour comprendre avec un temps de retard qu'il est bel et bien mort, scène qui me trouble bien plus depuis que j'ai vu un dinosaure faire preuve de compassion dans The Tree of life (la meilleure scène de film de 2011 avec l'attaque du bus dans Incendies ?), être curieux, avoir peur, éprouver une attirance pour l'enveloppe virtuelle d'une humaine (la fin). Et le tout, quasiment en enlevant la majeure partie des paroles pendant tout le court, juste avec les images et en faisant confiance au ressenti du spectateur. Encore bravo et merci mr Peter Cheung.