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Il m'arrive de passer à côté de beaucoup d'expositions par manque de temps. L'exposition Félix Vallotton au Grand Palais est de celles-là. Intrigué par l'affiche choisie sur l'affiche de l'exposition qui me faisait penser de loin au style d'un Hopper, je rongeais mon frein en voyant les jours s'échapper au calendrier quand ce n'était pas la fatigue qui m'arrêtait net. Du coup quand j'ai vu que Cinetrafic dans l'une de ses opérations DVDtrafic en collaboration avec Arte proposait le DVD consacré au peintre sorti le 5 novembre, j'ai sauté à pied joint sur l'occasion.

 

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Jusqu'ici Félix Vallotton m'était un inconnu et je comprend mieux au regard du documentaire de Juliette Cazanave pourquoi. Titré "la vie à distance", il met en relation la distance dont le peintre à toujours procédé vis à vis de ces sujets et du monde qu'il a peint, tout comme la distance que le monde s'est donnée de lui, l'homme étant farouchement peu loquace et visiblement, très anxieux sur la peinture, Art qu'il portait à un haut degré de noblesse. Mais la distance, c'est aussi celle que Vallotton s'était choisi, en observateur affiné des modes de son temps qui pouvait de par le recul procuré par un talent de touche à tout, être à la fois dans un courant (les nabis) sans l'être vraiment : en dehors donc presque dans l'intemporel, à la fois précurseur et à part.

 

Né en décembre 1865 à Lausanne, puis parti plus jeune pour des études sur Paris à 17 ans, il parvient très rapidement à se faire un nom, pas encore auprès du grand public, mais de ses pairs. Il faut dire que Vallotton est doué. Tellement qu'il développera tout au bout de sa carrière différents styles, de nombreuses expérimentations qui surprennent quand on regarde les différentes périodes de sa vie. Et comme si la peinture ne lui suffisait pas, l'homme écrira. Des critiques où apprend-on, son goût pour les grands maîtres, voire alors, les peintres parfois oubliés le distingue de ses contemporains. Il livre aussi avec "La vie meurtrière" un roman supposément autobiographique.

 

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Du moins dans le documentaire, cela reste flou. Néanmoins et sous la voix-off qu'on pourrait croire de Vallotton, les passages du livres (qui dénotent en plus un beau talent d'écrivain) permettent de tisser des liens dans une bonne partie de l'oeuvre picturale de l'homme, ce que la réalisatrice tente de montrer en se basant par exemple sur la grande place de l'eau chez lui, qu'elle soit bénéfique, neutre ou mortelle. D'autres points surgissent comme la place du corps féminin, principalement le nu; ou bien un regard sur l'actualité, souvent ironique quand il n'est pas d'une certaine froideur... qui n'empêche pas un travail soigné et étonnant sur la forme, presque lyrique tout en étant alors expérimental. Telles ses gravures que l'artiste au début rechigne à faire, car c'est uniquement de l'argent et il craint que cela ne l'élogne de la peinture.

 

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Et pourtant, au regard de celle-ci on aperçoit de toute évidence le travail d'un maître. Plus encore que dans la peinture, l'artiste en profite pour dépeindre une société humaine à vif. Le resserrement du cadre permet d'aiguiser l'oeuvre, de la structurer au maximum, quitte à travailler un figuratif aux frontières de l'abstrait dont le noir et blanc se fait le profond écho. De nombreuses oeuvres déploient un point de vue légèrement en hauteur, dans une légère plongée, comme si l'artiste invitait le lecteur à prendre un peu de hauteur face à ce qui est perçu. Ce n'est plus un regard à hauteur d'homme mais, élevé au dessus des turpitudes quotidiennes quand la dramatisation n'amplifie pas une situation. Ainsi cette exécution retranscrite comme une pièce tragique de théâtre où la masse des cavaliers se fond dans une décoration uniforme, le noir de leur veste formant cette terrible obscurité, cette opression qui enserre un homme qu'on emmène à l'échafaud et vit ses derniers instants. Quand à cette "manifestation" elle intrigue. Que donc fuient ces gens ? Etaient-ce eux qui manifestaient ? Ce qui se passe n'est-il que la conséquence de leur manifestation ?

 

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Au final, un documentaire plaisant et remarquable qui réussit en tous points à non seulement nous en apprendre sur l'artiste qu'était Vallotton, mais aussi nous faire pleinement découvrir ses oeuvres, incroyables de couleur et de vie (ce qui n'était pas la moindre des choses pour un homme terriblement anxieux et fuyant lui-même la vie). A noter aussi des choix sonores de musique rudement trouvés pour être en adéquation avec ce qui se dégage des images et des vidéos et photos d'archives qui agrémentent très bien cette belle oeuvre de Juliette Cazanave. Vivement recommendé.

 

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