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Enfants, Hanna et Clarissa passaient leurs vacances avec leurs parents sur une île. 25 ans plus tard, les deux jeunes femmes se retrouvent quand Clarissa est hospitalisée dans l'hôpital où travaille Hanna. Renouant leur amitié perdue par le temps, elles décident de retrouver l'île de leur enfance. Mais depuis, tout a bien changé et les fantômes de l'enfance semblent brutalement ressurgir...

 

Le cinéma allemand actuel ne transparaît pas dans le cinoche de genre horrifique ou peut-être n'était-il pas arrivé jusqu'à nous tant d'un autre côté cette dernière décennie le cinéma espagnol avait pris une très sérieuse avance, remplaçant au pied levé un cinéma transalpin qui nous quittait lentement après près de 30-40 ans de bons et loyaux services tant dans le dézinguage du western que de l'épouvante (avouons-le, je n'espère plus rien de Dario Argento côté originalité et fraîcheur aujourd'hui même si je reste curieux de ses dernières oeuvres. Quand à Soavi, il semble s'être retiré lui aussi apparemment). Aussi quand j'ai vu les premières images, très esthétiques de Forgotten (sorti chez nous en DVD et Blu-ray le 23 octobre et édité par M6-SND), ne nous le cachons pas, j'avais plus qu'envie de le voir. Et j'avoue que quand l'oeuvre est très soignée, il n'en faut pas plus pour déclencher chez moi un certain plaisir.

 

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Et avec Forgotten j'ai été plus que servi. Je me plains généralement sous cape de l'image parfois volontairement crade d'un récent film fantastique ou horrifique, désespérant de ne plus retrouver ce qui m'avait séduit par exemple dans un Dark Water d'Hideo Nakata avec une photographie qui fait partie intégrante de l'ambiance d'un film. Dans le film d'Alexandra Schmidt, on en a pour son argent. Et avec le blu-ray, l'image est de plus à tomber par terre. Je ne compte plus le nombre de fois où pendant le film j'ai dû penser "ah bon sang, ce que c'est beau". Et pour rajouter aux bons points que Forgotten marque, les cadrages sont dans l'ensemble soignés, l'ambiance distille un petit quelque chose de planant, inquiétant et parfois bien flippant (quelques jump-scares faciles mais cela dit, assez efficaces) et les deux actrices principales sont assez justes.

 

L'histoire aussi est intéressante. On navigue à la fois entre le film de fantôme et le thriller psychologique au gré d'un petit jeu de piste laissé au spectateur indécis jusqu'aux dernières 20 minutes inattendues. Sans être révolutionnaire pour deux sous, le film néanmoins captive, on pense au début à la vengeance d'un fantôme puisqu'on nous évoque une comptine enfantine mêlée habilement de flashbacks qui évoquent un drame horrible dont l'héroïne ne se souvient plus. Puis, par le biais des dialogues on se demande si l'héroïne n'aurait pas des problèmes mentaux, hallucinations ou autres (son mari au téléphone suggère qu'elle a pris une dose abusive de cachets à une époque, sans doute pour soigner un certain traumatisme pourrait-on alors penser) jusqu'à ce qu'on nous fasse sentir que même Clarissa "voit" d'une certaine manière la fillette fantôme... On pourrait bien sûr tenir une piste en dégageant tous les indices mais il faudrait alors une sacrée dose de cynisme (*) pour voir arriver la fin, cruelle et somme toute brillante.

 

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Forgotten n'est pourtant pas exempt de défauts. Le principal défaut du film c'est son rythme lent. Trop lent. J'adore de nombreux films japonais où justement l'accent est mis sur la lenteur (cf Kaïro, chef d'oeuvre) mais là c'est problématique. Et c'est tellement lent que non seulement des longueurs se créent mais aussi que la belle ambiance du film finit parfois par se distiller un peu dans le vide, perdant ses belles qualités. Il aurait fallu raccourcir de 10 à 15 minutes et resserrer l'histoire (certains personnages ne sont pas trop développés), on aurait eu un grand film. En l'état cependant ça reste un bon visionnage, efficace et qui permet de passer un bon moment avec de petits sursauts bienvenus. Bref une bonne surprise à regarder justement en ce moment en attendant la venue de la neige (omniprésente dans le film) et les tons gris-blancs qui en découle.

 

 

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Quelques petits mots sur cette édition vidéo. J'ai reçu le blu-ray au cours de l'opération DVDtrafic en collaboration avec Cinetrafic et M6-SND et je les en remercie chaleureusement. Techniquement, l'image est formidable. Je l'ai dit et je le redis, c'est un des grands bonheur du blu-ray surtout pour un film à la photographie soignée. Et le son n'est pas en reste dans sa VOST 5.1 (il y a aussi une piste française pour les réfractaires à la VO hein). On entend bien les différents sons mis en valeur par les enceintes et c'est un bonheur d'entendre un craquement de plancher sur l'enceinte gauche arrière quand ce n'est pas l'enceinte de droite. Sur les derniers films vus en DVD et blu-ray je n'ai pas souvenir d'un mixage aussi bien rendu. Côté bonus, pas grand chose. Un making-of d'une vingtaine de minutes qui permet de voir le soin perfectionniste (et même très bricolé pour les décors) apporté au film. Et puis les gamines sont adorable, un contraste quand on les voit dans le film, d'une innocence plutôt cruelle. Et on a la bande-annonce et c'est tout. D'autres petites choses n'auraient pas été de trop pour le coup je pense (filmo de la réal ou biographie, article sur le cinéma d'angoisse Outre Rhin...).

 

 

 

 

 

(*) Ce que j'ai l'impression de plus en plus de retrouver chez nombre de spectateurs sur des forums ou d'autres blogs. Comme s'ils avaient perdu cette capacité à croire encore un peu dans le cinéma, sa magie, sa puissance d'illusion qu'elle fonctionne ou non. Peut-être que c'est l'époque qui veut ça et en rend beaucoup comme ça, les modèle, je sais pas. Il y aurait débat à réfléchir pour un prochain article en tout cas.