nuage_blog

 

 

 

Un objet, sphérique. Un nuage interstellaire, bombe gazeuse à l'échelle du système solaire fonçant droit sur nous et à toute vitesse. Menaçant de sa seule présence toute vie sur terre. Quand autour de Chris une poignée d'astronomes aussitôt réunie l'ausculte, le sonde, observe son approche, c'est pire. Le Nuage déjoue toutes les prévisions. Il est contrôlé. Vivant, peut-être ? Conscient ? Que faire ? Et que faire contre la menace, non moins redoutable, de l'incurie politique ? Machiavélisme et culot sidérant ne seront pas de trop face aux politiciens, Premier ministre en tête... Chasser le Nuage. Stopper l'extinction de l'humanité. Ce roman de 1957, dû à la plume alerte et visionnaire de l'astronome mondialement connu qu'était Fred Hoyle (c'est à lui qu'on doit le terme "big bang" !), nous met dans l'intimité du monde nocturne et en trépidation intellectuelle insatiable des astronomes. Et nous régale sans retenue d'un humour féroce aux dépens de nos politiciens, qui dans ces pages trouvent leur maître.

 

 

Voilà un roman de SF intéressant appartenant au genre un peu tombé en désuétude de la Hard-science. Pourquoi ? Je vais avancer l'hypothèse personnelle que quand on bâtit un récit et qu'on a happé son lecteur, le risque est de le perdre aussitôt par une avalanche de démonstrations qui peuvent autant relever du style (des descriptions qui prennent le pas sur l'histoire) que du fond. Notamment ici dans les premiers chapitres où l'auteur, Fred Hoyle en bon astronome de profession (ce qu'il fut), n'hésite pas à nous immerger dans de nombreux calculs mathématiques, certes pas si compliqués que ça (et entre nous j'ai vu pire. Je repense à Destination vide de Frank Herbert où par moments c'était litté-ra-le-ment impossible) mais qui peuvent pas mal freiner son lecteur, voire le bloquer, surtout si comme votre serviteur, il a toujours été nul en maths et en tirait un certain complexe plus jeune.

 

Il va sans dire du coup que j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans les premiers chapitres, d'autant plus que le véritable héros ou protagoniste fort du roman, s'il apparaît au second chapitre, ne se révèle vraiment comme point d'empathie et d'ancrage avec le lecteur qu'aux chapitres 3 et 4. Cependant, l'humour so british qui parsème l'oeuvre par petites touches élégantes aidait à faire passer la pilule.

 

"Les deux hommes prirent chacun un livre. Kingsley jeta un oeil sur celui de l'Astronome royal. Sur la couverture de couleurs vives, des desperados combattaient à la mitraillette.

_ Dieu seul sait ce qu'il lira la prochaine fois, pensa Kingsley.

L'Astronome royal jeta un coup d'oeil sur le livre de Kingsley et vit qu'il s'agissait des Histoires d'Hérodote.

"Ma foi, se dit-il, il est bien capable d'enchaîner sur Thucydide."

(p.52)

 

A partir des chapitres 3 et 4, l'oeuvre commence à prendre de l'ampleur, suit une vitesse de croisière et fascine constamment tant dans les interrogations scientifiques que les faits malgré un style un peu vieillot. Si Hoyle est un témoin privilégié parfois bien malgré lui de l'époque et ne peut s'y extraire, quitte a verser dans quelques erreurs de goût un peu gênante (On me dira qu'il est d'une certaine manière le produit de son époque si on remet dans le contexte. Cela dit lire "...ça veut dire qu'une quantité suffisante d'hydrogène va se mêler à l'atmosphère de la Terre pour se combiner avec l'oxygène. Hydrogène et oxygène forment une combinaison chimique explosive. L'atmosphère entière ne sera plus qu'une gigantesque explosion. Faites confiance à une femme pour comprendre ça" (p.139-140). Et paf, c'était presque parfait et la dernière phrase nous colle en gros une ALERTE MISOGYNE en pleine gueule !gneee), il n'a pas son pareil pour croquer ses contemporains (notamment en remettre une louche sur les politiciens) et s'en amuser par le biais de la science-fiction. Il faut lire les mesures prises par tous les états planétaires à l'approche du fameux nuage pour constater avec une douce ironie que depuis 1957, rien n'a vraiment changé en cas de grosse catastrophe (p.146-147).

 

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Une précédente édition du roman avec une superbe couverture paranoïaque signée Nicollet.

 

Et si le roman n'innove pas, il a le mérite de nous intéresser de près à ce qu'il pourrait réellement se passer à l'arrivée d'une chose comme ça dans notre système solaire. Le fait de rendre le nuage intelligent en fait aussi une bonne approche de contact extraterrestre avec une forme de vie tout sauf "solide" au sens où l'on y verrait un être vaguement humanoïde. C'est l'abstraction dont est fait le nuage et le fait qu'il s'impose comme la métaphore d'une toute puissance pouvant se substituer à un être divin (tout en réfutant les notions de religion, Hoyle étant athée et essayant d'interroger la part mystique et humaine via les questions-réponses envers le nuage et les terriens) qui en fait un roman subtil et passionnant, heureusement au délà de son mauvais départ (assez rébarbatif). Bref, conseillé à tous les curieux et aux amateurs de SF.

 

L'édition récente des Editions de L'évolution complète l'oeuvre par une enquête accessible, claire et non dénuée d'intérêt hélas un peu courte mais très bien foutue. Placée en fin d'ouvrage elle permet au lecteur qui vient de finir le livre de s'y replonger d'une certaine manière en abordant des questionnements scientifiques et théories qu'Hoyle a pu utiliser pour tisser Le nuage noir. On trouvera aussi un lexique qui permettra au lecteur pas trop habitué de la science (comme votre serviteur) de s'y retrouver dans tous les termes techniques, que ce soit la vitesse transversale, le déplacement doppler, la spectroscopie ou la mouffette (oui, oui, au beau milieu de tous les termes techniques pour ceux qui ont fait bac+15 maths option connaissance des étoiles pour travailler dans la base des gars de Interstellar, il y a le terme mouffette expliqué ! C'est un gag en fait hein, rassurez moi ? Non ? Ah merde).