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Détail des DVD individuels du coffret.

 

Depuis vingt ans, Jean Queyrat et Jérôme Ségur parcourent le monde caméra en main pour capter la beauté de ce qui se joue aux frontières de notre civilisation, dans des jungles ou des déserts, des villages ou des temples. Par l’image, ils magnifient femmes et hommes dans leurs gestes du quotidien, leurs danses et leurs rituels. À travers ces 9 films, ils nous invitent au plus près de peuples du monde entier.

 

Ethnies est un coffret de 9 films de Queyrat et Ségur sorti chez Zed à la fin de l'année dernière. Il regroupe près de 20 ans de réalisations de films documentaires pour la télévision. 9 films, cela fait beaucoup à voir et il est important de pouvoir trouver le temps pour ces oeuvres qui nous emmènent dans des lieux lointains, se déroulant loin de New York ou tout autre endroit urbanisé. D'ailleurs la civilisation occidentale n'y apparaît que par intermittence, voire pas du tout et l'on peut facilement évoquer des moments hors du temps, hélas menacés par un urbanisme de plus en plus agressif et la perte des traditions au profit d'un autre mode de vie, plus proche de celui qu'on connaît. Deux documentaires m'intéressaient en priorité là-dedans et je dûs batailler pour trouver le temps de les voir (le fait qu'il y a plus de chroniques littéraires ou musicales que cinématographiques sur mon blog témoigne bien du peu de temps que j'ai hélas à consacrer à tel ou tel média). J'en regarderais d'autres quand je le pourrais par la suite.

 

 

  • Himalaya, face aux abeilles géantes (52mn - Jérôme Ségur)

Au Népal, des hommes risquent leur vie sur les falaises vertigineuses de l’Himalaya à la recherche de miel. Ils devront affronter les abeilles géantes.

Cette année, Moti, un jeune garçon, fera partie de l’expédition et grimpera pour la première fois sur les falaises. Il aimerait devenir cueilleur de miel comme son père.

La récolte du miel est un exercice de haute voltige particulièrement dangereux. Suspendu à une échelle de corde en bambou tressé, sans aucune stabilité, Moti descendra le long de la falaise et s'approchera, sans aucune protection, des essaims d'abeille, parfois hauts de plus d'un mètre.

Si Moti semble confiant, il devra néanmoins faire preuve de patience et d’endurance pour devenir un vrai cueilleur de miel. Son enthousiasme est porteur d’un bel espoir pour ce métier en voie de disparition. Mais, sera-t-il capable de prendre la relève ?

 

Où l'on suit le quotidien de Moti, qui va devenir comme son père, cueilleur de miel sur d'abruptes falaises. A l'origine, le sujet me tentait depuis que j'avais lu un reportage doté de grandes photos impressionnantes sur papier glacé il y a de ça un bon moment dans le journal Tintin (qui a disparu vers 1988, cela ne nous rajeunit pas). Journal que je savais déjà ne plus exister quand je le feuilletais avec bonheur dans un lieu où ma mère nous laissait le mercredi, mon frère et moi. Donc une sorte de trésor que je savourais, mais passons, on s'égare. Pour rejoindre le village perdu de Moti, qui va donc devenir l'un des derniers cueuilleurs de miel en haute altitude comme son père et les proches de celui-ci, il faut près de 4 heures de route puis une journée de marche à pied sur des petits sentiers impraticables pour nos grosses voitures modernes. Cela donne une idée de comment on est loin de toute civilisation ayant une certaine technologie avancée.

 

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Ruche à moins de deux mètres de toi avec abeilles enragées, le vide en dessous si tu te loupes l'échelle en cordage. Avoue cher spectateur que tu es content de rester devant ta télé au lieu d'être comme le mioche en pleine nature face à ce genre de péril.

 

On découvre donc (avec une pointe d'inquiétude) les débuts de Moti en tant que cueilleur de miel. Il faut une sacrée paire de cojones pour commencer sa première fois sur une "hauteur de débutant", à plus de 30 mètres du sol (et les mecs autour du père semblent se marrer....ah ouais, ok....), sans petite corde pour te tenir (par la suite, sur des hauteurs plus élevées encore, Moti aura cette maigre protection), avec une échelle de fragiles bambous entrelacés qu'on a vu faire juste avant et déjà des abeilles qu'on sent trèèèès vénères, même si enfumées un peu (comme un squat de djeunz où lles CRS auraient balancé quelques joints pour abrutir la méfiance de cette espèce très répendue en somme) donc complètement dans le pâté.

Il n'empêche que Moti a quand même le cou et une bonne partie du visage protégés par une énorme cagoule-écharpe pour protéger les parties sensibles. Il se fera quand même piquer... pas trop pour ses débuts, bien plus par la suite, se sentant tout faible à un moment (là je me suis même dit "merde, il va crever d'une allergie sérieuse aux piqûres d'abeilles et comme y'a pas d'hôpital à 800 kilomètres, là, même les baumes des mémés du village n'y pourront rien". Mais non. Le lendemain il gambadera comme un cabri --CABRI, C'EST FINI !-- ce qui prouve bien qu'on est devenu bien plus sensibles et fragiles, nous autres pauvre petits occidentaux). Bref c'est impressionnant. Je voulais du spectacle en quelque sorte et j'en ai eu à la mesure de comment j'imaginais le truc.

 

  • Inuit, les âmes blessées (52mn - Jérôme Ségur)

Qui sont les Inuits d'aujourd'hui ? Que cela représente t-il de vivre dans l'immensité de l'Arctique, à l'âge de l'urbanisation et de la technologie ?

Entre passé et présent, le peuple Inuit doit faire face aux nombreux bouleversements de la modernité. Profondément influencée par la culture nord-américaine, la jeune génération perd peu à peu la tradition de ses ancêtres, la connaissance des rituels et des savoir-faire.

Le film nous emmène au Nunavut, un territoire canadien où le trouble identitaire a pris une tournure dramatique : criminalité, trafic de drogue, alcoolisme et suicide sont le prix fort de cette transition culturelle désastreuse. Nous suivons Matthew et Elena, deux détenus d'un centre correctionnel local qui ont accepté de participer au programme "On the Land". Ce projet, dont l'ambition est d'aider les Inuits à retrouver leurs racines, leur réapprend à connaître leur peuple : chasse d'animaux sauvages, fabrication de vêtements avec leur fourrure, ou construction d'igloos pour résister au blizzard... Ils vont se réapproprier les savoir-faire essentiels de leur terre.

 

Changement total de climat et de lieu (bon, on retrouve de la neige, un peu comme au Népal mais... euh, rien à voir, forget it). Cette fois, on marche dans les traces de Dinos Tikivit qui s'occupe des "âmes perdues" qui participent au programme "On the land". Programme qui ne dispose pas d'une portée politique en soi ni même spécialement sociale puisqu'on apprendra qu'il exclu toute remise de peine. En fait, ceux qui participent sont donc motivés par l'espoir de s'en sortir en renouant avec une culture ancestrale qui disparaît de plus en plus avec le temps.

 

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Les promenades en motoneige, ça te forge un homme, fils.

 

Au programme donc, chasse au phoque, création de vêtements et construction d'un abri en direct pour survivre si un gros blizzard non repéré se pointe (ce qui arrive justement à un moment). Le geste est beau de sa portée un brin utopique : il ne crée pas d'emploi (en sortant de prison dans un pays rongé par le chômage et le suicide en masse --qui n'existait pas auparavant dans la culture Inuit, apprend-on, c'est donc bien un mal apporté par la modernité-- tu dois te débrouiller par toi-même), mais il donne un sens à leurs vie. En apprenant, comme on le ferait des gestes qui sauvent pour les premiers secours, les rudiments d'une culture qui a survécu à des conditions souvent extrêmes (froid, ours polaire, froid, blizzard, mort par noyade ou congélation dans le même temps, froid, neige jaune intoxicant les jeunes enfants...), Dinos et les autres volontaires du programme leurs montrent tout simplement comment survivre.

Survivre à La Vie.