"I don’t have an issue with it, but I haven’t done it. As soon as you set a certain expectation with the future in mind, your mind reels in ways that are not necessarily useful in the present. So I haven’t particularly sought mysticism out, but I’m interested in hearing about other people’s experiences."

(Freida Pinto à propos du tarot dans Knight of cups - source ici)

 

 

Attention chronique maousse.

 

Ah moi je vous aurais prévenu si vous y laissez des plumes, hein.

 

 

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Il était une fois un jeune prince que son père, souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Egypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi ; il oublia sa quête et sombra dans un profond sommeil.

Le père de Rick (Christian Bale) lui lisait cette histoire lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui, Rick est devenu auteur de comédies et vit à Santa Monica. Il aspire à autre chose, sans savoir réellement quoi, et se demande quel chemin prendre.

La mort de son frère Billy le hante. Joseph, son père (Brian Dennehy) se sent coupable de cette mort. L’autre frère de Rick, Barry, est au plus bas. Il vient de quitter le Missouri où ils ont grandi pour s’installer à Los Angeles. Rick l’aide à reprendre pied.

Rick cherche à se distraire en compagnie des femmes : Della (Imogen Poots) ; son ancienne femme Nancy (Cate Blanchett), qui est médecin ; Helen, un mannequin (Freida Pinto) ; Elizabeth (Natalie Portman), qui est enceinte de lui ; une strip-teaseuse nommée Karen (Teresa Palmer) ; et une jeune femme qui l’aide, Isabel (Isabel Lucas).

Ces femmes semblent en savoir plus long que lui. Elles lui permettent de se rapprocher du cœur des choses, jusqu’à espérer atteindre le mystère. Rick n’a pas collectionné que des réussites. Les fêtes, les rencontres sans lendemain, sa carrière… Rien de tout cela ne le satisfait. Et pourtant, chaque femme, chaque homme qu’il a croisé dans sa vie lui a servi d’une façon ou d’une autre de guide, de messager.

À présent, la route de l’Orient s’ouvre à lui. Rick se mettra-t-il en chemin ? Aura-t-il assez de courage ? Saura-t-il rester éveillé ? Ou tout cela ne restera-t-il qu’un rêve, un espoir, une lubie éphémère ?

Le voyage vient de commencer.

 

C'est le synopsis officiel de la Metropolitan filmexport (qui vient de sortir le film en DVD et blu-ray fin mars --qualité technique irréprochable d'ailleurs) que je vous ai mis là.
Allociné a fait plus court (et moins intriguant du coup) :

 

Knight of Cups suit la quête de Rick, un scénariste en vogue, entre Los Angeles et Las Vegas. Au milieu de décors urbains grandioses, il cherche à briser le sort qui l’a plongé dans une mélancolie profonde. Sur sa route, des femmes telles des muses l’aideront à leur façon à trouver sa voie.

 

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Ce synopsis là enlève une bonne part de rêve, mysticisme et réflexion dans le cadre que Malick souhaite donner sur la société urbaine américaine actuelle, structuré en celà par le système de cartes du tarot. Au mieux, il fait succint et tente de résumer le film (ce qui est en fait assez dur voire impossible d'une manière aussi basique comme on va le voir peu après), au pire, il ne donne qu'une image d'un énième film d'auteur rattaché à des problématiques forcément existentialistes.

 

 

D'une certaine manière, ça l'est, cela dépend beaucoup de comment, subjectivement vous allez le percevoir vous. Malick, aidé en cela par la photographie fabuleuse d' Emmanuel Lubezki (Gravity, The revenant, Tree of life... Pas un manche donc), la musique (Wojciech Kilar, Edvard Grieg, Arvo Pärt ou Gorecki, ça fait toujours son petit effet), les acteurs et son sens du cadre tisse un maëlstrom de perceptions et sensations qui peuvent à nouveau dérouter après le cycle entamé dans Tree of life et poursuivi par A la merveille. Sauf qu'ici le film m'a réconcilié avec Malick, m'a subjugué, passionné.

 

Au regard de la carrière du bonhomme, on peut probablement compter ses films par périodes cycliques (En écrivant ça j'ai l'impression de faire aussi simpliste qu'Allociné. Qu'on me pardonne, le pavé ci-dessous ne me donne pas la possibilité de développer plus dans l'immédiat et c'est sans doute tant mieux pour vous). Ses deux films des années 70. Puis le retour avec deux fresques historiques (La ligne rouge, Le nouveau monde). Il avait déjà fait un saut dans le passé certes avec La balade sauvage et Les moissons du ciel. Mais les premiers films ne se focalisaient que sur une poignée de personnages là où ici ça devient choral, englobe des hommes et des femmes dans les sursauts primordiaux de l'Histoire, qu'il s'agisse d'un point central dans la seconde guerre mondiale voire du point de commencement d'une nouvelle nation. La mise en scène de Malick changeait même avec ce second cycle, des plans plus longs, plus contemplatifs, ralentis, une insistance à filmer en contreplongée le ciel et les arbres, la multiplication des voix-off associées (l'un comme l'autre au visuel ou au son, chercher la présence du divin) et une caméra également plus mobile, cherchant parfois à s'associer au mouvement du corps, le suivre quand elle ne le continue pas. Tree of life avait repris ce dernier point en y mettant un montage et une mise en scène fragmentée de plans toujours plus courts, plus vifs, filmés aussi bien en hauteur qu'au niveau du sol, changeant par là même constamment le propos (car Malick pense sa mise en scène constamment. La différence étant ici que depuis trois films, il le fait comme en direct probablement pour coller encore plus à l'idée d'un cinéma poétique où le fragment se substitue au réel, l'éphémère marquant plus que la durée). Celà avait été pour moi un choc en salles (et un léger mal de crâne en sortant de ma séance).

 

Réconcilié parce même si son cinéma est maintenant shooté aux amphétamines, je le sentais tourner en rond, quitte à faire des images qui deviennent une marque distinctives et finissent par tomber dans le cliché (voire le new-age même si je trouve ça un peu péjoratif). Ses derniers films pouvaient donc se vivre comme des expériences de cinéma éveillé avec des scènes presques anthologiques mais de l'autre côté Malick multipliait les champs de blés, les allusions à Dieu, la perte de l'innocence, les personnages se morfondant de plus en plus dans leur repli (avec énorme panneau "C'EST LA FAUTE DU PERE" ou "J'EN VEUX A MON PAPA, A DIEU, ILS SONT MECHANTS", et autres "NOSTALGIE DE L'ENFANCE", "C'ETAIT MIEUX AVANT", rayez les mentions inutiles) quand ils ne tournent pas sur eux-même façon toupies détraquées.

 

Je caricature mais Rick ici (Christian Bale) est presque une copie de Jack (Sean Penn) dans Tree of life. Même nonchalance, même dépression intérieure. Sauf que Jack n'avait que 10 minutes de figuration probablement dans ce dernier film et le contaminait presque entièrement. Ici Rick (et Malick) s'évade d'une certaine manière grâce au tarot (on va y venir si vous avez survécu jusqu'ici). Même imparfait, ces films ont tous en soi un fil rouge et une qualification bien distincte qui permet de les distinguer et de pouvoir les suivre et les ressentir à défaut de les comprendre. Et c'est justement en ça que Knight of cups m'a touché. Une mélodie qu'on reconnaît que trop mais qui commençait à s'engluer et qui ici, ressort nettoyée, ou entendue par une autre oreille. Ce qui lui redonne un son cristallin.

 

 

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Le chevalier de coupe (Knight of cups) tel que donné dans le Tarot de Marseille.

 

 

 

"In our household, we don’t have tarot cards, but we have these angel cards that I use with my kids. They love it so much because we go through them and pick out three angel cards that’ll be representative of the day. My oldest son used to have nightmares, so we’d do the angel cards before bed and talk about how the angels that he picks are his guardians. They’re going to spend the night with him, and he’s no longer afraid. But angel cards are about as far as I’ll go with it."

(Teresa Palmer sur Knight of cups)

 

 

Dans son film, Malick axe toute la quête de Rick autour des différentes figures du tarot, pas n'importe lesquelles.

Cela peut autant être une démarche personnelle qu'une manière de renvoyer les critiques qui le trouvent trop perché. Pour ma part, j'y vois la première option : le cinéaste choisit de raconter une histoire en la plaçant dans un système presqu'aussi vieux que le monde qui lui assure une certaine structure et peut permettre plusieurs niveaux de lectures au spectateur, la première étant justement celle d'une lecture liée aux cartes. Or le tarot, qu'est-ce donc ? Un ensemble de figures qui permettent de comprendre le monde. Originellement un jeu, elles servent pourtant également d'une manière divinatoire dès le XVIème siècle.

 

 

Si on perd exactement son origine dans un gros sac de noeud, il en existe au final plusieurs sortes qui ont quasiment presque toujours le point commun d'avoir ce qu'on appelle des arcanes majeurs (ou "figures", voire "atouts") et des arcanes mineurs (les "honneurs" ou 'enseigne" ainsi que des cartes à chiffres). Si je me base sur le Tarot de Marseille, les arcanes majeures comportent 22 cartes numérotées en chiffres romains de I à XXI, plus la carte du Mat qui n'a pas de numéro (la 22è carte qui peut en fait être l'équivalent du "0", comme un recommencement ou un nouveau départ).

 

Vous me suivez jusqu'ici ? Bien (même si je suis pas un spécialiste émérite hein je précise). :)

 

 

Les 56 cartes restantes comportent donc les honneurs ainsi que les séries décimales y étant associées. Dans les arcanes mineures, il faut donc comprendre 4 grandes familles qui sont les quatre "Couleurs" : Epée, Coupe, Bâton, Deniers. Prenons donc la série de cartes se rapportant à la coupe. On aura donc une série partant de l'as jusqu'à 10. L'as de coupe, le deux de coupe, le trois de coupe, etc. A cette couleur coupe, on associe 4 honneurs qui sont dans l'ordre de puissance, du plus faible au plus fort, le valet, la reine, le roi et enfin le cavalier (ou chevalier).

 

Ce qui nous intéresse ici est que Rick est le cavalier de coupe. Une figure mineure donc qui n'a pas l'honneur d'être encore un arcane majeur, contrairement aux rencontres dans le film qui sont divisées comme autant de chapitres. Malick les présente sommairement et sans fioritures : un fond noir, juste le titre énigmatique "la lune", "la tour" etc mais sans aposer d'illustration. L'image, la représentation de telle ou telle figure, c'est le spectateur qui va partir à sa rencontre dans le film tout comme Rick, laissant le tout libre à n'importe quelle interprétation, sensée ou non.

 

C'est d'ailleurs l'intention de cette chronique, une lecture libre du film en se basant sur le tarot (interprétation plus ou moins libre aussi d'ailleurs) et en espérant toutefois qu'elle donne envie à d'autres de voir le film et de prendre également le relais. L'idée n'est pas nouvelle et je ne suis pas le seul à tenter une lecture de ce genre. Je vais en revanche essayer de la faire plus libre que l'exemple donné en lien. Se servir du tarot mais ne pas y rester forcément collé au plus près. Jodorowski lui-même quand il explique le tarot de Marseille dans"La voie du Tarot" (co-écrit avec Marianne Costa chez J'ai lu. Toutes les citations en italique à venir viennent de ce livre) révèle sa propre utilisation bien peu orthodoxe (quitte à s'en tenir comme d'un talisman et dormir avec une carte sous son oreiller, voire l'emmener avec soi un peu partout !).

 

Dans de nombreuses initiations, on dit que l'homme ne peut que s'approcher de la vérité sans jamais la connaître par le langage, et qu'en revanche il est possible de connaître la Beauté, reflet du Vrai. L'étude du tarot peut être entreprise comme une étude de la beauté. C'est par le regard, en acceptant d'accorder foi à ce que nous voyons, que son sens se révèlera peu à peu à nous (p.39).

 

Le chevalier de coupe regarde vers la gauche. Dans notre sens de lecture allant de gauche à droite, l'autre sens (à la japonaise) va donc vers l'arrière. Il y a donc une tentation de regarder en arrière, de repartir en arrière, voire de rester dans le passé, au sens de ne pouvoir s'en débarrasser. Cela peut aussi être positivement une manière de tirer un dernier trait/regard sur un passé bloqueur et peu constructif afin d'aller de l'avant et sans doute peut-on voir toute l'odyssée de Rick en ce sens (surtout avec la fin). Dans la série de cartes, le chevalier vient après le roi de coupe. Sauf que celui-ci regarde à droite. Soit il regarde vers l'avenir, soit il regarde le chevalier (reproches ? Conseils ?).

Et les autres personnages (figures), que sont-ils ? Comment intéragissent-ils avec Rick ?

 

Je livre le tout comme notes aussi fragmentaires que la mise en scène de Malick, où chaque point fait entrevoir quelque chose de plus grand.

 

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La lune - Della (Imogen Poots)

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Della est un personnage lunatique et intuitif, forcément indépendant qui ne peut avoir qu'une légère consistance dans son passage météoritique dans la vie de Rick. C'est un personnage qu'on devine chaleureux et généreux mais qui ne déridera pas forcément notre héros. Dans une lecture pour un homme, cette carte peut inciter à cultiver des qualités traditionnellement féminines comme la sensibilité, l'intuition... (...) Dans La Lune résonnent également la peur de l'obscurité, les cauchemars et toutes sortes d'inquiétudes liées à l'inconnu, parfois à l'abandon. Elle peut aussi symboliser des angoisses mal définies. (p 248)

 

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Le pendu - Barry (Wes Bentley)

 

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Le frère de Rick semble tout autant englué que ce dernier. Dans le film, Barry déprime sans que Rick ne lui soit d'une quelconque aide pour reprendre vraiment pied.

Dans une lecture, cette carte indique un moment d'arrêt que l'on peut mettre à profit pour approfondir ses projets, sa connaissance de soi, son travail intérieur. Elle peut aussi faire référence à un blocage, à une incapacité d'agir. Souvent, elle signalera que ce n'est pas le moment de faire un choix, que la situation ou notre propre regard a besoin de mûrir encore. (p 208)

 

 

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L'ermite - Tonio (Antonio Banderas)

 

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Plus tard, Rick se rend à une grande fête dont le maître des lieux n'est autre que Tonio, Antonio Banderas. D'apparence affable et enjoué, on comprend toutefois que sa grande richesse l'a rendu solitaire. Il contemple en maître ses contemporains mais ne vit plus dans le même monde qu'eux, ayant emprunté un chemin qui l'a rendu solitaire. Cela peut être une voie possible pour Rick bien qu'il ne s'y engagera pas. A ce stade, le spectateur que je suis comprend que Malick fait sa relecture personnelle de La dolce vita. Rick est Marcello, embarqué dans de multiples soirées, d'innombrables sorties, quitte à s'y diluer. Il a bu le philtre qui lui a fait perdre de vue l'essentiel, il a oublié qu'il était un prince, qu'il y avait des valeurs humaines, que sa vie était plus importantes que celle des autres. Il s'est perdu et Malick de critiquer un monde où l'amusement est partout, la légèreté constamment de mise, multipliant les plans de piscines, probablement désabusé.

 

On évoque aussi lors de la fête chez Tonio, un "K-hole". Un effet spécial lié à la prise de la Kétamine comme drogue, chose d'ailleurs répendue dans les grosses fêtes. Dans le film, les sous-titres du dialogue évoquent "un flash" et le fait de se trouver "plus ou moins dans un autre lieu". La perception du temps et de l'espace réel s'en trouvent complètement chamboulés, quitte a ce que celui qui en prend ne puisse plus bouger, paralysé au possible. Curieusement cela peut se rapprocher de l'effet que peut avoir le cinéma sur le spectateur (dans des proportions beaucoup moins inquiétantes of course), quand certains films de par leurs effets sonores et visuels peuvent faire partir le spectateur presque quasiment dans un autre monde.

 

Et j'ai eu l'impression que Malick voulait atteindre cet effet-là (de fascination) à plusieurs reprises en les incluant au monde décrit. C'est le clip Paint test n°1 (photo ci-dessous) repris en partie, comme déconnecté de tout mais pourtant faisant partie de la folie de lumières et de sons de la ville. C'est cette statue décapitée à Las Vegas (comme issue d'un Polaroïd de Tarkovski --dans le recueil Lumière instantané-- ou d'un insert du Avalon d'Oshii) et plus tard dans cette même ville, un spectacle incroyable de danseurs suspendus qui, dans une lumière bleue, évoluent au ralenti... comme s'ils étaient sous l'eau (j'ai pensé, subjugué, à l'une des scènes finales de Zabriskie point).

 

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Le jugement - Nancy (Cate Blanchett)

 

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"Tu es toujours l'amour de ma vie. Dois-je te le dire ?" (Nancy)

 

Quand on arrive à Nancy, le passé s'entremêle au présent.

Nancy est une ex de Rick et le film n'hésite pas à nous montrer des fragments de leur vie passé, et le présent actuel. On pourrait penser que Le Jugement en tant que tel serait celui de Nancy sur leur vie passée et ce qu'il en reste. Cependant à la lecture de la carte, qui prône un certain épanouissement personnel mais aussi dans le couple, on peut plus penser à un jugement de bonté, un constat apaisant sur leur vie ensemble (cf citation) où Nancy est déjà passé à autre chose (elle n'a pas refait sa vie ou bien le film ne nous le dit pas mais contrairement à Rick, elle ne se morfond pas constamment).

 

 

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La tour / La maison-dieu - Helen (Freida Pinto)

 

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J'ai un moment pensé que ce chapitre symbolisait la relation au père alors que non. Car ce n'est qu'un problème mineur dans ce qui empoisonne la vie du héros. S'il est vrai que les rapports de Rick avec son père Joseph (Brian Dennehy) ne sont pas au beau fixe, c'est plutôt dans ce court plan icônique de la carte du Soleil coulant lentement dans l'eau de la piscine qu'il faut y chercher une symbolique certaine (fut-elle lourde ou pas). La carte du soleil symbolise en effet la représentation d'un "archétype paternel". Voire, une dominance de l'image du père (...), que celui-ci ait été marquant par sa présence (un père indépassable) ou par son absence (p. 253), entraînant en cela à se forger une image plus ou moins idéalisée du père qui ne s'accorde pas du tout avec la réalité.

A moins que Malick ne s'amuse tout bonnement.

"Je suppose que c'est ça être damné. Les pièces de ta vie ne s'assemblent jamais. Elles sont... éparpillées." (Joseph)

 

 

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La "tour" est donc reliée avec Helen. Cette carte renvoie plus ou moins à une célébration joyeuse de la spiritualité. En soi, c'est peut-être l'une des filles qui intéressait Rick qui d'ailleurs ne sort pas avec lui et s'en tiendra à une relation de pure amitié. Par sa présence, elle peut néanmoins apporter un peu plus d'émotion au héros.

"C'est juste de l'amitié entre nous. Je ne veux plus bouleverser la vie des hommes." (Helen)

Peu après, Rick rentre chez lui pour se voir cambriolé en direct. "Comment ça se fait qu'il n'y ait rien chez toi mec ?" Des cambrioleurs de pacotille puisqu'on voit leurs visages. Ils ne se masquent même pas mais n'ont eux-même aucune importance dans le récit si ce n'est souligner qu'ils ne sont que des figures interchangeables afin de renforcer l'inanité de la vie de Bale. Ce qui aurait dû le faire réagir mais non. Pourtant à ce stade, il semble y avoir quelque chose qui commence à remuer dans la carcasse de Rick.

 

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La prêtresse / La papesse - Karen (Teresa Palmer)

 

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"Parfois je me dis que j'en sais bien plus que d'autres sur le monde" (Karen)

 

Quand on le dit que Malick s'amuse avec ce film. La papesse est la rencontre de Rick avec Karen qui officie dans un bar à strip-tease. A priori, on imagine mal une papesse se dénuder comme ça dans la réalité. Or, dans une lecture, on peut plutôt voir cette carte comme aussi bien la représentation d'une femme qui trouve un idéal dans la religion que comme une personne dotée d'une haute prestance spirituelle qui peut être dans la sublimation. Karen avoue avoir pris des drogues et posséder le secret du monde, ce qui lui assure une certaine assurance où qu'elle aille. Elle accompagnera d'ailleurs Rick à Las Vegas sans que l'on sache cette fois si la relation devient véritablement sérieuse et permette de réveiller Rick.

 

 

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La mort / Arcane sans nom (XIII) - Elizabeth (Natalie Portman)

 

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"T'ai-je trouvée ? Est-ce possible ?" (Rick à propos d'Elisabeth)

 

Là aussi l'ambiguïté est de mise, et ce jusqu'à la fin du film avec également la dernière carte/chapitre. L'erreur la plus courante est de désigner la carte au squelette comme La mort, en faisant une des cartes les plus craintes. Dans le tarot de Marseille, Jodorowsky et Costa préférent la désigner comme à l'origine comme l'Arcane sans nom. En revanche, le sens en est le même souvent d'un jeu à l'autre : l'idée d'un changement radical qui peut être lié à un deuil, une colère trop intériorisée, la fin des illusions. C'est un choc qui permet généralement d'avancer. Le fait que ce soit l'avant dernière carte avant la conclusion n'est donc pas innocent, d'autant plus que la dernière carte après n'en est pas vraiment une.

 

Le changement est tout à la fois ici lié au fait que Rick se trouve profondément bouleversé par Elisabeth, femme mariée avec qui il entretient une liaison. Et que cette dernière révèlera avoir un enfant. Probablement de Rick ? Il est fort probable qu'elle ne le gardera pas et que Rick, s'il pense avoir trouvé enfin sa promise ne reste pas avec elle et poursuive son chemin. La fin en tout cas est ouverte...

 

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Freedom... Conclusion ?

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...puisque Malick choisit délébérément de ne faire aucune référence au tarot pour la fin du film. C'est probablement au spectateur de choisir, qui sait ? Tout au plus peut-on penser au vu de la nouvelle copine de Rick qu'il a possiblement retrouvé un sens à sa vie. C'est peut-être là la tempérance comme cela peut être la carte du Mat, cette fois associée à Rick. Carte "0" qui arrive avant le 1, carte qui signale un nouveau recommencement, une nouvelle direction, une nouvelle vie, à l'instar du dernier mot prononcé quand défile une route vers l'ailleurs et que tombe le générique de fin : "... commence."

 

On le voit, Knight of cups peut tout aussi bien se voir comme un film peu facile (qui ne se regarde pas à la cool au sens immédiatement accessible) que comme un film agréable où l'on peut se laisser porter par ce que l'on voit et échaffauder son propre système de compréhension et d'appréciation. Ce qui en fait la marque des grands films.

Oui, Knight of cups est assurément un grand film.