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Bagdad, 1987. Le pays est en proie à la trahison et à la corruption, ce qui fait les beaux jours du Prince Noir Oudaï (ou Uday) Hussein, fils aîné de Saddam. Personnage sans foi ni loi, il ne pense qu'à son plaisir immédiat et n'hésite pas à s'emparer des biens d'autrui et à coucher avec n'importe quelle femme qui lui plaît - même lorsqu'elle est mariée. Personne n'a jamais osé lui tenir tête… Lorsque Latif Yahia, lieutenant d'Oudaï, est convoqué au palais de Saddam, il se voit contraint d'obéir à un ordre délirant : devenir la doublure d'Oudaï - son "fiday" - sous peine de voir exécuter toute sa famille. N'ayant pas le choix, Latif commence sa nouvelle vie, en "jouant" le rôle d'Oudaï Hussein, un des hommes les plus puissants et les plus haïs du pays. Il apprend à lui ressembler, imitant sa manière de marcher et de s'exprimer. Il découvre aussi la démesure de l'univers d'Oudaï - ses femmes faciles, ses voitures de course, et l'argent qui coule à flot. Mais il lui faut surtout savoir à qui il peut accorder sa confiance, dans un monde où la moindre erreur de jugement peut s'avérer fatale. Il comprendra bientôt qu'il ne peut compter que sur Sarrab, concubine d'Oudaï, pour l'aider à sortir de ce cauchemar…



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La double performance de Dominic Cooper dans le film est assez formidable.

 

Biopic ? Pas biopic ? Et si tout simplement ne pourrait-on pas y voir une (très bonne) fiction s'inspirant élégamment de personnages réels tout en sachant construire un film qui lorgne parfois vers Scarface tout en étant pleinement conscient de traiter d'un sujet fortement ancré dans l'Histoire ? L'Histoire, elle est à la fois en toile de fond et en première ligne par le biais de ce fameux Oudaï et du fait que le récit se déroule peu avant, pendant et peu après la guerre du golfe jusqu'à l'attentat perpétré contre le fils de Saddam en 1996. Le film est donc judicieusement entrecoupé d'images d'archives télévisuelles qui permettent de plus ou moins dater les différents moments de la vie de Latif dès qu'il devient le fiday d'Oudaï.

 

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Intronisation devant le grand chef de la nation. Dupe ? Pas dupe ?

 

Un Oudaï que Lee Tamahori va à la fois reprendre dans les faits qu'on connait tout en essayant de s'écarter sensiblement du roman de base de Latif Yahia où ce dernier racontait son expérience et comment il avait pu s'en sortir.

"Pour être honnête, je ne suis pas persuadé qu'il y ait beaucoup de vrai dans ce livre. J'ai toujours été très méfiant vis-à-vis de ce que Latif prétend avoir vu ou vécu durant ses années avec Uday. Impossible de savoir ce qui s'est vraiment passé ou ce que ces gens se sont dit. Mais je m'en foutais car mon film est une oeuvre de fiction inscrite dans la cadre réaliste de la Guerre du Golfe (...)."

(Lee Tamahori dans le n°423 de mai 2012 de Première)

Toutefois, la fiction ne peut que rejoindre la réalité, surtout si cette dernière est déjà dans la surenchère. Le Oudaï que nous voyons à l'écran se permet un peu tout, croyant qu'être l'héritier du dictateur pourrait tout lui octroyer. Où s'arrête l'invention ? Où commencent les faits ? Toujours sur le personnage, le réalisateur rappelait tristement que :

"Il y a pas mal de vérité clairement établies sur Uday, les informations le concernant sont connues et accessibles à tous. Il a violé et tué un grand nombre d'étudiantes, il a executé le conseiller de Saddam sous les yeux de la femme d'Hosni Moubarak lors d'un dîner officiel, ce que je montre dans le film. Les faits de base sont authentique, et on a extrapolé à partir de là."

 

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En regard du film, on se demande si tout ce qui nous est montré n'est pas la réalité (avec un semblant de fiction amené par le personnage de la concubine jouée par Ludivine Sagnier). De rares documents ou vidéos vont dans ce sens telle une où le bonhomme sort sa nouvelle mitraillette en plein repas pour l'essayer, sans que quiconque ne soit franchement impressionné, ce qu'on retrouve aussi dans le film. En fait le personnage est tellement "autre" qu'on ne peut qu'être fasciné par la descente en enfer que va alors vivre Latif, prisonnier d'une cage dorée, jouet du diabolique fiston qui peut s'en débarrasser, lassé à n'importe quel moment. C'est Dominic Cooper qui incarne doublement le rôle dans une performance assez incroyable, portant dès le début certains maquillages pour le premier, que va aussi devoir chausser le second qui arrive au palais livrant presqu'une mise en abîme sur le jeu des acteurs. C'est d'autant plus incroyable que dans d'autres films (Captain America, Tamara Drewe, Une éducation...), il incarnait plus des seconds rôles qui ne mettaient pas forcément en avant tout son potentiel.

 

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De nombreux passages du film ponctué d'informations

 

En nous dévoilant une personnalité jusqu'ici peu connue et reluisante par le biais de la double performance de son acteur principal, il en devient complètement passionnant. Du très bon donc, distribué par BAC films depuis le 2 mai.

 

* Retrouvez aussi cette chronique sur la fiche The Devil's Double de Cinetrafic.

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Bonus ? Oh que oui, plein, et aussi intéressants que le film. D'abord un documentaire de près d'une heure, Nous les Irakiens qui prend place dans le pays, nous montrant le quotidien d'une famille avant et après la seconde guerre du Golfe. Ensuite, plus courts, les coulisses du tournage, un module consacré à Dominic Cooper et son incarnation des deux personnages (excellent), ainsi que'un focus sur les décors et un petit document consacré aux costumes et maquillages. Enfin des bandes annonces diverses. Au final, une édition DVD bien plus riche et fournie que la moyenne pour un film vraiment passionnant. Très recommendé.

 

 

Rien à voir mais pour l'anecdote, je suis tombé sur les "profils" facebook des fils Hussein en cherchant de la documentation. Malaise...