Et rebelote le lendemain, c'est reparti pour un tour les zamis.

 

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C'est ce genre d'extrait sur plaque (à deux pas du grand hôtel) qui me donne envie de lire des écrivains que je ne connais pas. Et oui je n'ai encore jamais rien lu de Proust et j'appréhende de m'y mettre. Si vous avez des conseils...

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Comme je l'avais dit précédemment, le système des séances fonctionne sur le principe d'un laisser-passer. Ce dernier permet d'obtenir 5 séances. Mais voilà pour obtenir le premier et surtout les seconds, il faut déjà aller à la billettrie qui octroie l'un et l'autre pour le jour même ainsi que le lendemain. Si je n'avais eu aucun problème le mercredi de mon arrivée pour avoir mes places du jour et ainsi sélectionner mes séances du jeudi, il me fut plus difficile de voir si je ne pouvais obtenir une séance en plus le jeudi matin, à la fois pour le jour-même mais aussi obtenir mes places du vendredi. La billettrie ouvrait à 8h30 et comme j'avais vu peu de monde le mercredi, je me disais, naïvement et bêtement confiant dans l'humanité (mon côté idéaliste qui fait que je continue de me prendre des lampadaires, vannes débiles, rateaux et j'en passe dans la tronche... gneee) que Cabourg est un petit festival donc en arrivant tranquillement à l'heure ou quelques minutes après, ça sera ok.

 

8h40, je suis devant la billetterie du festival, une queue immense. Et merde. En plus de dormir peu et donc de se lever tôt et vouloir faire chier l'honnête quidam, cinéphile ici de surcroît, l'espèce menaçante des petits vieux et vieilles continuera de nous les briser jusqu'à leurs derniers souffles.

 

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J'en vois un là-bas qui n'a même pas eu la chance d'atteindre l'âge de sénilité qui se marre bien dans sa tombe. Etonnant non ? Non.

 

Exit donc ma place pour Grand Central avec Tahar Rahim et Léa Seydoux. Tant pis j'essaierais de le voir en salle. Les autres séances par contre, aucun problème, à croire que les titres et sujets de certains films posent des problèmes et préjugés, tant mieux ça fera toujours des heureux d'un autre côté. D'autant plus que j'entame la journée avec.... des courts-métrages. Je m'attends pépère à avoir la salle où vont passer les quatres courts sélectionnés dans la thématique musicale du festivale rien qu'à moi. Ben non, elle sera pleine à craquer, bigre. Ye ne comprends plou. En général j'aime bien les courts mais j'y vais en traînant la patte, souvent plus atterré par de nombreux résultats qui se prennent soit trop au sérieux, soit dans le n'importe quoi mais en même temps je suis très mal placé pour en parler moi qui ait plusieurs projets qui ne se concrètisent pas pour l'instant. Surtout, le court reste une bonne école pour trouver des idées, des marques, des rythmes qui pourront ensuite nous servir personnellement.


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Betty's blues (Rémi Vandenitte - 11 mn 45 - 2013)

 

Et donc ça commence fort avec un court animé qui alterne figurines en carton et papier mâché (le temps du réel avec ce chanteur de blues qui va raconter une chanson à forte connotation politique et sociale, une pure "protest song" comme Dylan et beaucoup de folkeux surent faire dans les 60's et 70's) avec séquences animées plus rugueuses un peu comme si c'était de la carte à gratter qu'on aurait mis en animation et peint dessus, ce qui explique les couleurs sombres et un peu plates (la chanson en elle-même, chanson du sud de l'amérique profond). Un sujet casse-gueule (une chanson de blues qui narre la vengeance d'un musicien noir à qui des membres du ku-klux-klan auraient tués celle qu'il aimait) pour un résultat drôle et enlevé (le musicien devenu aveugle ne peut plus s'arrêter de jouer et du coup là où il passe, sa "vengeance" se produit avec un enchaînement comique où tout le monde est comme, pris par le charme de la musique, un peu comme le joueur de Hamelin qui "hypnotise" les rats avec sa flûte, en train de danser ou bouger chaotiquement contre sa volonté comme une marionette sans plus pouvoir s'arrêter) et surtout respectueux de la musique qu'il transporte : le blues. Régal visuel, narratif et musical. Bravo.

 

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Coda (Ewa Brykalska - 22 mn - 2012)

 

Et ça retombe bien avec un court morose, austère et sobre. Bien filmé et très "Jesus que ma joie demeure", je dis pas. Mais bon. Un immeuble délabré promis à être détruit, des étudiants qui se réduisent comme peau de chagrin en ces lieux. Une jeune fille qui ne sait pas ce qu'elle veut (aime t-elle son professeur pour l'humain qu'il est ou pour l'être qui porte et joue la musique en lui ?), erre pour finir par arriver à son audition où ne reste plus que la directrice. Ensemble elles jouent un chant à deux voix du regretté Jean-Sébastien. Et pis c'est fini. Bon, pas besoin d'être devin pour montrer qu'ici on évoque l'Art comme objet de réconfort et de transcendance envers l'humanité et si tout nous disparaît, nos créations survivront, surtout si on y met notre coeur. Il n'empêche que c'est austère un peu, même Bergman (qui aimait bien Bach d'ailleurs) c'est 100 fois plus vivant pour donner un exemple. Mais c'est bien. Mais un peu ennuyeux. Mais bien hein. Mais un peu ennuyeux. Mais...

 

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Là-bas, la mer (Emilie Noblet - 19 mn - 2012).

 

Bon, ça se réchauffe un peu mieux avec ce court plus mélancolique et poétique. Emilie Noblet trace une histoire où la mélancolie tient une place prépondérante à travers ce vieil homme qu'on revoit plus jeune, inventeur à son temps perdu qui cherchait à retranscrire le son parfait de la mer pour une jeune fille qu'il aimait (j'en dis pas plus pour ne pas spoiler). C'est simple, sobre, bien fait, touchant, une belle surprise donc. Il manque juste comme pour Coda, ce petit grain de folie qui fait qu'on aimerait y adhérer encore plus. Mais par son originalité la réalisatrice se place comme un personnage à suivre.

 

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Je sens le beat qui monte en moi (Yann Le Quellec - 33 mn - 2012)

 

Excellente surprise folle, nerveuse, drôle que j'avais loupé en salles car oui, celui-là a pu bénéficier d'une courte sortie en salles. Limitée on s'en doute et c'est regrettable au vu de cet ovni étrange, sensuel, rythmé (avec son titre improbable à base de jeu de mot graveleux) qui débarque à fond de caisse et met très sérieusement la patate. Là encore, comme pour les autres, ça tourne autour de la musique qui, chez une jeune femme (Rosalba Torres Guerrero) provoque l'irrésistible envie de bouger, de danser... sans qu'elle ne puisse avoir de contrôle sur son corps. Ce qui fait qu'elle évite soigneusement tous les endroits à "bruits" de la ville. Alain (l'acteur et cinéaste Serge Bozon), lui c'est différent. C'est un passionné de musique collectant les bons vieux vinyles, notamment des 60's. Ces deux-là travaillent dans une même agence de tourisme qui vante les mérites de la ville de Poitiers et si Alain est secrètement attiré par sa collègue Rosalba, il ne sait pas comment le lui avouer. Ce sont leurs différences qui vont les rapprocher... Le court ne se prend jamais au sérieux, enchaîne moments parfois surréalistes (le rêve de Rosalba) avec des gags à la pelle (la mise en valeur de la ville de Poitiers auprès de touristes japonais, belges ou allemand, pas une mince affaire !) pour finir dans la joie et la bonne humeur.

 

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La fille de Ryan (David Lean - 1970)

 

Irlande. 1916. Rosy Ryan (Sarah Miles) épouse le maître d'école du village de quinze ans son aîné (Robert Mitchum). Déçue par cette union, elle tombe amoureuse du major anglais venu prendre le commandement de la garnison voisine...

 

Depuis le temps que je voulais le voir celui-là mais je désespérais de trouver un peu de temps libre en semaine ou le week-end que le fait de pouvoir le voir en 35 mm en projection récompense largement mon attente. Inutile de tergiverser plus longtemps c'est un chef d'oeuvre qui impressionne longuement tant dans la précision de sa mise en scène (euphémisme, tout est parfait que ce soit dans ses cadrages, sa photographie, la composition des plans, le montage ou certaines scènes qui alignent des moments de pure bravoure impossible à citer tellement ils sont nombreux : on a beaucoup parlé de la scène de la tempête ou du traumatisme du jeune officier britannique qui déclenche le coup de foudre de Rosy --ze scène à montrer en extrait aux proches pour les convaincre-- mais que dire du final amer avec l'officier qui attend que le soleil disparaisse. Et puis cette scène au fusil de précision sur le bus et cette scène d'amour intime dans les bois. Ou bien la rêverie de Mitchum qui reconstitue mentalement le parcours de Rosy et l'anglais sur la plage, sans doute ma scène préférée) que narrativement dans son portrait psychologique et social à la fois d'une jeune femme délaissée comme d'une population irlandaise bien revendicative (et encore je suis gentil). Même le rôle casse-gueule de Michael l'handicapé mental s'avère tour à tour irritant, drôle, inquiétant, touchant (ce final quand un éclair de lucidité passe dans ses yeux. Comprend-t-il qu'il perd Rosy à tout jamais ? Je pense bien). On pourra reprocher le trait vis à vis des gens du village mais dans l'ensemble ce n'est jamais manichéen. Même ce prêtre conservateur et buté sera le premier à comprendre et aider le couple Ryan-Shaughnessy avec bien plus d'empathie qu'on le croit (pour moi le meilleur personnage du film. Le plus humain avec Michael pourrait-on dire).

 

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Une seule chose m'a embêté, la musique de Jarre, parfois totalement à sa place et parfois... non. En l'état je comprends que Lean veuille refuser le mélodrame et qu'on puisse parfois avoir un contrepoint musical à ce qui est livré, ce qu'on entend parfois avec le personnage de Michael, correspond bien à son caractère de trublion, de trouble-fête imprévisible. Pour autant dans certaines scènes ça m'a sorti du film à plusieurs reprises. Jarre en fait en fait trop. Exemple, après la "rêverie" de Mitchum, ce dernier découvre la preuve (un jouli coquillage) de ce qu'il redoutait dans la chambre de sa femme. Attention à ce moment-là, hop, on envoit les violons à fond les ballons. Faut bien mettre l'accent sur le moment tu vois, ultradramatique à fond, avec un gros scotch rouge devant le spectateur. Mais... mais... bon sang non quoi ! C'est là qu'il aurait fallu quelque chose d'intimiste, d'inquiétant, qui confirme véritablement cette crainte monstrueuse qui le déchire, car oui, c'est ça le plus fort, il aime encore sa femme et ça le tue littéralement. Et parfois on a cette musique très gaie avec trombones et tout et.... euh la scène est pas du tout gaie justement. Le contraste s'avère trop fort. Du coup j'aurais voulu être terrassé par ce film, être avec les personnages, crier avec eux et je me suis fait refouler plusieurs fois à l'entrée à cause de cette musique souvent belle mais aussi souvent malplacée. Raaaah. Reste un superbe film passionnant, magistral qui fait plaisir à voir par sa maîtrise (je ne vois plus trop de réalisateurs actuels qui ont un tel sens du cinéma de nos jours et ça me désole un peu). Un film que je me reverrais bien volontiers.

 

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Je quitte le Sall'In dont j'avais parlé précédemment pour rejoindre la ville. Cette fois j'avais pris un sandwich de peur de manquer de temps entre deux séances car la nuit commence à tomber. Je suis un peu patraque, je n'étais plus habitué à voir des films aussi longs même avec un entracte de quelques minutes à son milieu (La fille de Ryan, ça fait 3h20 hein) et même si le film est passé comme une lettre à la poste (bon, quand on connait la poste de nos jours je me demande si on devrait encore utiliser ce genre d'expression), j'étais quand même très mal assis. Je mange mon sandwich à la barbare pendant les 20 minutes qui me restent avant ma séance. Les salles seraient adjacentes que je ne me presseraient pas mais là si. Mal foutu leur système. Enfin j'arrive dans les temps pour voir Aya de Yopoungon, adaptation en film d'animation de l'excellente BD qu'à mon regret je n'ai pas lu beaucoup (juste le 1er tome il y a un moment).

 

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Aya de Yopougon (Marguerite Abouet + Clement Oubrerie - Sortie salles le 17 juillet 2013).

Et hop une petite photo de l'affiche dans le cinéma. Juste après, deux autres affiches de films que je ne pourrais malheureusement pas voir.

 

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Cette fois je ferais court. Aya est une adaptation de la BD donc et qui dit adaptation dit fidélité ou non. Ici c'est trop fidèle et sans avoir trop lu les 6 tomes de cette saga, je vois bien qu'il y a plus une suite de sketch entre Aya et les différents protagonistes. En l'état c'est sympa pour les expressions assez amusantes, le vocabulaire (c'est un peu comme le québecois, ça demande un petit temps d'adaptation en tant que français. Je pense qu'eux de leur côté n'ont pas trop de problème à nous entendre parler, mais qui sait ?), le graphisme visiblement respecté et... ça ne va pas plus loin. On passe d'un personnage à un autre sans qu'il n'y ait vraiment de rythme et on finit par s'ennuyer un peu poliment. On sourit un peu, on rit un peu. On a déjà oublié le film une semaine après. Sans doute aurait-il fallu proposer une autre histoire inédite pour le film ? Sans doute. Avec une vraie progression et un vrai fil rouge qui ne se disperse pas constamment de l'un à l'autre des protagonistes.