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Au cours de l'été 1905, Andrew et sa femme reçoivent leurs amis dans une maison de campagne. Le temps d'un week-end, attirances et fantasmes sexuels vont briser ou renforcer la cohésion de ces couples...

 

"La famille nombreuse de Mia effraie Allen qui noue avec elle une relation fusionnelle sans jamais lui proposer de vivre sous le même toit. Les amants ont des appartements qui se font face, séparés seulement par Central Park. Ils deviennent une légende new-yorkaise, surtout quand ils commencent à travailler ensemble. En 1980, le contrat d'Allen avec la United Artists arrive à expiration, ce qui lui permet de retrouver Arthur Krim chez Orion Pictures. Il arrive avec deux projets, un faux documentaire sur un homme-caméléon nommé Leonard Zelig, et une variation sur Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Allen tourne d'abord Comédie érotique d'une nuit d'été (1982), son premier film d'époque depuis le joyeux délire de Guerre et Amour."

("Woody Allen" - Florence Colombani. Editions Le Monde/Cahiers du cinéma - collection grands cinéastes)

 

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Curieusement et malgré le fait qu'Allen s'amuse à joyeusement changer ses habitudes pour prendre quelques risques, le film ne dépassera pas ses modèles avoués que sont à la fois le livre de Shakespeare mais aussi Sourires d'une nuit d'été d'Ingmar Bergman. Du premier il reprend la confusion inhérente à cette fameuse nuit où les couples se font et se défont. Du second, le jeu des apparences qui ne sont jamais ce qu'elles sont et ne permettent de montrer les êtres humains sous leur vraie nature une fois qu'ils ont été acculés à des situations fortes. De fait et l'idée est ingénieuse (mais pas nouvelle, suivez mon regard en direction de la Suède), les personnages ne prennent leur vraie incarnation qu'une fois que leurs traits de caractères ont étés inversés ou aplati d'un autre côté, comme une crêpe ou une pièce qui retombe sur une autre face, un autre côté. Ainsi l'être le plus volage se montrera celui qui au fond, la coquille brisée (par un joli coup de flèche), était le plus romantique et le pacifiste le plus raisonné avouera qu'une bonne chasse pour faire couler le sang, ça réveille agréablement les pulsions primales.

 

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Pourtant, et malgré le charme de ses interprètes féminins (première apparition de Mia Farrow dans l'univers Allenien comme noté précédemment, Mary Steenburgen et Julie Hagerty), difficile de s'attacher aux personnages, ou du moins à une partie d'entre eux. Sans surprise, Allen réserve les meilleurs dialogues pour ses actrices et sa pomme, laissant les autres se démêner dans des rôles un peu déjà vus (Tony Roberts qu'on retrouve une troisième fois chez Allen reste toujours aussi insipide) ou assez pénible (l'éminent professeur qui pérore à tour de rôle jusqu'à finir par en être plus que caricatural malgré une scène intéressante où il avouera qu'il désire succomber à la tentation avant de s'unir définitivement dans le mariage avec sa promise). Outre certaines répliques qui font toujours autant mouche, c'est sur un autre terrain que se situe le petit plaisir que peut procurer le film.

 

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En effet, pour ce film qui scelle à la fois tant la longue union bienfaitrice avec Orion que Mia Farrow, Allen choisit un tournage en extérieur en pleine campagne au milieu du pollen, des allergies, des abeilles et des guêpes, des mouffettes et autres saloperies habituelles que mère nature choisit de nous envoyer quand nous aimons pique-niquer joyeusement. Un peu du jamais vu pour celui qui à l'époque ne fait guère trois pas en dehors de New-York. Ensuite, la photographie de Gordon Willis, sublime, qui met très bien en valeur les plans de nature champêtre et sur lesquels Allen en profite pour se faire plaisir et offrir le petit plus rafraîchissant du film (le DVD MGM ne rend malheureusement pas très bien compte de ça). Puis la musique de Félix Mendelssohn qui rompt avec les goûts jazzistiques du bonhomme. Enfin, quelques petits effets spéciaux un brin cheap qui font parfois leur effet (le couple fantômatique aperçu de loin en pleine nuit --cf capture au dessus) ou pas (je demandais pas non plus plein de lucioles qui éclairent la nuit comme dans un film d'Isao Takahata mais ici le final, mouais).

Sur ce dernier point, rien ne permet encore de deviner le bond ambitieux qui se profile sur le film d'après, Zelig, où les effets spéciaux sidèrent littéralement tout le film et en fond un véritable écrin qui transporte l'histoire vers certaines cimes. Pour tout ça, Comédie érotique d'une nuit d'été reste un film bien mineur mais somme toute assez plaisant. Un petit Woody du samedi soir.

 

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Bonus : une des deux affiche japonaise qui contrastre agréablement avec le minimalisme de l'affiche universelle du film.

 

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