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1967. Larry Gopnik, professeur de physique dans une petite université du Midwest, vient d'apprendre que sa femme Judith allait le quitter. Elle est tombée amoureuse d'une de ses connaissances, le pontifiant Sy Ableman. Arthur, le frère de Larry, est incapable de travailler et dort sur le canapé. Danny, son fils, a des problèmes de discipline à l'école hébraïque, et sa fille Sarah vole dans son portefeuille car elle a l'intention de se faire refaire le nez. Pendant ce temps, Larry reçoit à la fac des lettres anonymes visant à empêcher sa titularisation, et un étudiant veut le soudoyer pour obtenir son diplôme. Luttant désespérément pour trouver un équilibre, Larry cherche conseil auprès de trois rabbins. Qui l'aidera à faire face à ses malheurs et à devenir un mensch, un homme bien ?

 

Il y a peu, Potzina a débuté son ciné-club et comme d'autres blogueurs j'étais partant pour le premier thème étant la comédie (héhé, ça fait 11 autres thèmes ou genres pour le reste de 2015). Restait juste à trouver le temps, l'envie et le bon film à chroniquer. Janvier n'étant pas un mois facile pour tout le monde (euphémisme), il l'est encore moins pour votre serviteur, bousculé qu'il est par plein (trop) de trucs. Et puis l'occasion s'est présentée avec A serious man, que je revoyais avec grand plaisir. Je l'ai saisie.

 

Dans cette livraison Coennienne de 2010, on peut dire d'emblée que le tragi-comique de la vie et son acceptation plus ou moins résignée peuvent se lire dès le prologue (qui n'entretient d'ailleurs aucun rapport avec l'histoire du film !). Ce dernier entremêle croyance (le dibbouk !) avec besoin de rationnel (l'homme qui ne croit pas aux superstitions comparé à sa femme), les deux étant opposés et formant toute la thématique absurde du film. Dans l'amérique de fin des 60's, l'aspect rationnaliste est symbolisé par la croyance que le pauvre Larry rattache aux mathématiques, science des chiffres moderne censée pouvoir tout expliquer. La foi semble du coup battre en retraite (le coup des trois rabbins) ou ne trouve plus de sens (l'épisode hilarant des dents du goy qui ne démontre.... ben, pas grand chose).

 

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J'aurais eu un prof de math comme ça, je me serais déjà tiré une balle.

 

Sauf que le bonhomme doute, et le spectateur avec lui. Les maths ne peuvent pas tout expliquer et Larry perd pied inexorablement. On en arriverait presque à se demander s'il enseigne bien les mathématiques. Face au mentaculus de son frère (autiste timide ou/et génie pervers ?), il est largué. Il ne cherchera même pas à demander à ce dernier le pourquoi du comment. La seule fois où on le verra enseigner les mathématiques au milieu du film sera en rêve (cf photo) et pour se faire casser la gueule juste après par son rival. Larry ne cherche plus à comprendre, dépassé, il subit tout comme un homme pris dans une énorme tempête (Vous voyez le radeau de la méduse ? Ben, il est dessus).

 

Tout le comique graduel vient de là, dans cette situation kafkaïenne qui ne peut aller que de mal en pis en se permettant d'en faire juste assez dans l'absurde (le petit vieux qui a une crise cardiaque au moment de consulter les plans du jardin !) pour nous emmener très loin. Le film se permet même l'élégance de marier le métaphysique à l'humour en nous démontrant qu'au délà de la vie (voire du réel mais ça a déjà été pris comme titre pour une chouette série télé), un mystère existenciel demeure et reste à accepter. La musique de Carter Burwell en premier lieu, subtile avec ses notes de pianos dissonnantes et décalées, soulignant les petits moments d'inquiétante étrangeté.

 

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Ensuite l'enchaînement des situations et comment les Coen bâtissent des parallèles et causes à effets. Notre homme qui insulte un étudiant asiatique en voiture et a un accident s'en sort indemme. Sauf qu'au même moment, en voiture et pourtant, alors qu'il avait mis son clignotant et roulait lui, normalement, Sy (le rival) meurt. Aucun lien mais tout semble relié. Comme si dans l'ombre quelqu'un, ou quelque chose, une volonté sans doute divine mais pas trop non plus, tirait les ficelles. On en arrivera même à penser dans les derniers plans et le dernier geste de Larry peu avant le générique de fin, qu'il signe sa popre perte en succombant moralement à la corruption là où tout le reste du film, il avait vaillamment résisté (mais subi emmerdes sur emmerdes).

 

Comme si le moindre geste pouvait être lourd de conséquences... ou pas, allez savoir. Avec cette fin ouverte et ambigüe, les Coen laissent au spectateur de se faire une idée sur tout le film qu'ils viennent de voir avec un certain panache il est vrai. Quand à moi je me marre toujours comme une baleine en revoyant ce film.