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Cela transparaissait dans une précédente session musicale mais je ne peux cacher que j'aime Grant Green. Non, rectification, j'adore. J'ai découvert le guitariste, l'un des plus sous-estimé du jazz et pourtant l'un des plus talentueux et extrêmement prolifiques qui soit (en une décennie, les 60's, 23 albums de publié dont 20 pour le label Blue note !) grâce à une amie japonaise qui m'envoya l'un de ses disques pour mon anniversaire (Street of dreams, voir aussi ici). Ce fut le coup de foudre immédiat. Du genre qui vous donne tout de suite envie d'approfondir plus avant la discographie du bonhomme en une poignée de mois.

 

Ce que je compte aussi faire là dans ce premier post avec un épluchage pas vraiment dans l'ordre où il publia ses albums mais plus lié à mon rythme de découvertes avec plusieurs mini chroniques avec mentionnés les 3/4 du temps la formation dans laquelle évolue Green, jamais tout seul mais avec constamment d'excellents musiciens qui jouent d'un instrument en particulier qui renouvelle à chaque fois le style et les disques du bonhomme, donnant à ces derniers un ton, un cachet à chaque fois différent mais toujours plaisant. J'en profiterais pour mettre aussi un lien vers un ou deux morceaux indispensables de l'album selon moi (une gageure quand parfois l'on trouve tout parfait !), ce qui compensera avec les One disc, one song (qui reprennent sous peu) et d'autres "dossiers musicaux" l'absence flagrante de "pêches musicales" cette année 2015 (ou peut-être une ou deux, on verra bien).

 

grant 10 Street of dreams (1964) - Guitare / vibraphone / orgue / batterie.

Genre : Organique.

Celui par qui tout à commencé pour moi. Un disque complètement "organique" où la guitare et le jeu tout en douceur de Green se marie merveilleusement avec le vibraphone de Bobby Hutcherson, l'orgue de Larry Young (qui fait office de son de basse du même coup et il le fait très bien. son orgue semble presque le lien entre tous les instruments) et la batterie d'Elvin Jones. Pas des manchots donc. Précisons d'emblée que Green a fait essentiellement des reprises et peu de compositions (même s'il y en a et des bonnes d'ailleurs) et que ce n'est pas plus mal vu que le guitariste avait la géniale particularité de transcender le morceau de base et d'en livrer une oeuvre vraiment personnelle, jazzy, quasi parfaite. Si vous ne connaissez pas le morceau originel c'est très bien (le travail de Green se suffit à lui-même), sinon c'est encore mieux. Qui aurait pu prévoir il y a encore quelques années que j'adorerais une reprise de Charles Trenet (*) avec un I wish you love de Green formidable, à l'image des 3 autres morceaux (4 pistes seulement mais toutes de 8 à 9 minutes assurant une grande richesse au disque).

(*) Que reste-t-il de nos amours ? en fait qu'on entendait par exemple dans un Baisers volés de Truffaut si je me souviens bien. Green ralentit le tempo juste ce qu'il faut pour rendre le morceau méconnaissable tout en gardant sa structure originelle, c'est assez fort. o_o

 

 

 

grant 11 I want to hold your hands (1965) - Guitare / saxophone tenor / orgue / batterie.

Genre : fin de soirée un peu molle.

Dans l'air du temps le Green. Avec une jolie pochette et une reprise des Beatles à la clé (le morceau éponyme donc). Meilleur morceau du disque d'emblée même si plus loin avec un Corcovado (quiet nights) issu de chez Antonio Carlos Jobim ou du Cole Porter, il marque des points. Mais le disque m'a paru moins intense que Street of dream. Les morceaux sont plus ramassés, moins forts et la présence du saxophone qui joue plus sur un mode languissant que des explosions free à la Coltrane n'y est pas étranger. Surtout que dans l'album précédent, malgré les solos en finesse de Green, on avait vraiment l'impression d'une homogénéïté parfaite. Ce qui ne semble plus le cas ici pour moi, comme si le saxophoniste Hank Mobley essayait régulièrement de tirer la couverture à lui.

 

 

 

grant 8 Idle moments (1963) - Guitare / Saxophone tenor/ vibraphone / piano / basse / batterie.

Genre : Spleen mélancolique de grande classe.

Quatre morceaux (6 dans la réédition Blue note avec des versions alternatives qui, à moins d'être ultra perfectionniste, n'apportent pas grand chose) avec d'emblée un Idle moments de presque 15 mn, retranscrivant à merveille avec une mélancolie à fleur de peau et une rare douceur ces "moments perdus" qui nous assaillent tous parfois (j'avais proposé le morceau pour un One disc, one song pour l'occasion. Plutôt que de me répéter, je remet un lien vers le post du blog où j'avais mis une vidéo youtube). Pure merveille. Forcément après un tel morceau, le reste du disque n'en est que juste "très bon" mais ce serait dommage de louper une autre perle naviguant entre spleen poignant et décontraction joyeuse avec un Django de 8mn40.

 

 

 

grant 9 Alive ! (1970) - Guitare / saxophone tenor / vibraphone / orgue / batterie / congas.

Genre : En public avec des potes dans un ptit bar pour déguster un mojito peinard.

Sympathique "live" que voilà enregistré au Cliché lounge de Newark dans le New Jersey le 15 août 1970. Comme beaucoup de Jazzmen, Green a vu le jazz s'électrifier à la fin des 60's et si visiblement le virage jazz-rock ou jazz-funk ne le satisfont pas tout à fait, il essaye d'y donner sa propre version, ici toutefois proche du jazz que de l'énergie propre au funk et au rock, ce qui n'est pas plus mal au vu de son jeu qui est toujours resté fin, avec un doigté précis et rapide. Je met live entre guillemets parce qu'à part une introduction du groupe qui l'accompagne d'une trentaine de seconde par Buddy Green, non pas placé en première piste mais en troisième (?), les applaudissements ou voix du public ont été gommé au mixage. On a donc l'impression de se retrouver plus avec un album studio enregistré dans les conditions du live. Ensuite Green et sa bande se lancent sur des jams qui rendent les morceaux plus basiques sur une bonne partie des titres, sans surprises en fait. Ce qui plombe un peu l'intérêt du disque malgré des reprises de Kool & the gang (Let the music take your mind)ou Lalo Schifrin (Down here on the ground) fort chouettes. Cerise sur le gâteau dans l'édition remastérisée, le bonus plus qu'indispensable, une reprise du Maiden voyage d'Herbie Hancock, déjà morceau culte (du moins pour votre serviteur), ici de toute beauté.

 

grant_6 Green street (1961) - Guitare / basse / batterie

Genre : parties fines à trois.

Green juste entouré de Ben Tucker à la basse et Dave Bailey à la batterie c'est parfait. Dans cette configuration en trio le guitariste peut s'exprimer d'une manière idéale, très pure, en laissant assez de marge à ses collègues. Deux reprises de standards de taille (dont un Round about midnight aussi bon que chez Miles Davis ou Thelonious Monk) et trois compositions de Green assez bien foutues où tout coule de source, littéralement. Un petit disque (son quatrième) mais déjà grand dans les promesses qu'il augure.

 

 

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On se retrouve sous peu pour d'autres bons disques de Grant Green à découvrir !

(la pin-up mélomane est Candy Barr pour les curieux/ses)