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Un extra-terrestre est poursuivi par l'armée américaine. Il se réfugie chez une jeune veuve et prend l'apparence de son mari défunt. La jeune femme l'héberge et l'accompagne dans sa fuite...

 

J'ai loupé tellement de récents ciné-clubs de Potzina que quand j'ai vu le thème de juin (les aliens sont parmi nous !), je me suis dit qu'il fallait au moins rattraper le coche sur ce coup, ne serait-ce que pour le grand amateur de science-fiction que je suis. Mais d'aliens parmi nous qui fleure bon l'idée d'une insidieuse invasion secrète à la body-snatchers (de grands films dans cette saga, j'aurais pu en évoquer un ou deux -- les deux "premiers" (guillemets parce que ce ne sont pas des suites en fait) par exemple de Siegel et Kaufman), je me suis dit que ce serait bien de contourner le problème sous un autre angle. En effet, de même que nous sommes constamment terrifiés par ce qui est différent de nous et que l'on ne comprend pas, on a généralement plus envie d'avoir peur d'extraterrestres que de les serrer dans les bras (ma foi, s'ils sont continuellement visqueux mais qu'ils sont tous gentils, on fera un effort avec ce bon vieux gilet que mamie à tricoté mais dont la tête ne nous revient pas. Le gilet, pas la mamie ou le E.T). Or, nous avons aussi des films où, foin d'invasion, l'extraterrestre s'est égaré sur notre planète paumée (quoiqu'il soit lui aussi paumé, du coup, bon, j'arrête de digresser) et là, c'est plutôt l'humanité qui est à pointer du doigt dans ses travers et sa bêtise, souvent d'intolérance à fond. Klaatu barada nikto !

 

"Starman et E.T L'extraterrestre sont tellement liés que le film de Carpenter a probablement pâti de cette ascendance embarrassante lors de sa sortie. Il est difficile, effectivement, de voir Starman sans penser au succès de Steven Spielberg qui jouait à guichet fermé tandis que The thing subissait un revers mémorable. Anecdote aussi amusante qu'éloquente : E.T et Starman ont vu le jour en même temps, au début des années 80, quand la Columbia reçut deux projets assez similaires. Le premier, A Boy's Life, n'est encore qu'un "pitch" à peine développé par la scénariste Melissa Mathison, tandis que le second, Star Man (en deux mots) est un script fignolé et soutenu par l'acteur Michael Douglas, alors bien décidé à endosser le rôle de producteur. Préférant le second film, la Columbia laisse Universal acheter A Boy's Life, qui deviendra After School, puis E.T., l'extraterrestre. Une fois le succès de E.T. avéré, la Columbia monte rapidement Starman, contactant avant Carpenter Mark Rydell (The Rose) et John Badham (Tonnerre de feu, Wargames). En quête de respectabilité, John Carpenter accepte la commande."

(extrait du Mad Movies Hors Serie John Carpenter - article de Julien Dupuy)

 

 

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De même qu'on imagine pas forcément comment l'échec de Blade Runner porta un sacré coup à la créativité et l'énergie d'un Ridley Scott, l'échec de The thing va salement amocher alors John Carpenter ("un film en avance sur son temps" dira t-il bien plus tard quand The thing sera alors réévalué avec le temps pour devenir un vrai film culte). A tel point que Starman va être le miroir inversé de son grand frère, changeant la donne de bout en bout (juste avant, Carpenter livre une sympathique adaptation de Stephen King, Christine, qui lui permet à nouveau de montrer pattes blanches aux studios).

 

Il n'y avait pas de personnage féminin dans The thing ? Ici, Jenny (merveilleuse Karen Allen) emporte le morceau de par son humanité et sa bienveillance généreuse. De grande amochée, elle devient une figure qui se reconstruit, éclipsant presque l'homme des étoiles, plus humaine probablement que pas mal de ses congénères. Ce n'est pas nouveau, les personnages féminins sont d'ailleurs généralement des êtres forts qui survivent à tout chez John Carpenter, de Julie de Assaut (Nancy Kyes, une habituée de l'univers Carpenterien étant donné qu'on la retrouve également dans Halloween et The Fog !) à Melanie (Natasha Henstridge) de Ghosts of Mars (*). Pas étonnant donc que The thing soit un casting exclusivement masculin au vu du nihilisme désespéré du film !

 

Ensuite dans ses idées, voire sa mise en scène (photographie très chaleureuse opposée à la blancheur bleutée de la neige de l'Antarctique), là aussi le film se veut l'opposé de The thing. Ici la créature n'est pas toutes les choses existantes en soi, l'apparence reste la même, humaine... même jusque dans ses sentiments puisqu'au contact de Jenny, le star man évoluera lui aussi et s'humanisera. Ensuite The thing ne dévoilait jamais le processus de création de la chose, la rendant en celà iconique à souhait, un mythe à l'échelle de Lovecraft (d'ailleurs principale référence). Ici, on découvre lentement comment le Star man prend forme humaine (une des meilleures séquences du film, d'autant plus que les effets spéciaux n'ont pas trop vieillis et se mêlent à un fort degré d'émotion).

 

 

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"Je voulais réaliser un film dans la lignée de New York-Miami de Frank Capra, une sorte de road-movie qui traverse toute l'Amérique et non pas un film de science-fiction pur et dur. C'était d'ailleurs la première fois que dans l'un de mes films, je reléguais la science-fiction au second plan. A l'époque, je voulais vraiment réaliser une comédie romantique. Inutile de vous dire que cela a représenté un sacré changement dans ma carrière. D'une certaine façon, Starman est un conte de fées classique dans lequel le prince charmant est un extra-terrestre."

Le cinéaste à propos de Starman dans un entretien issu de Mythes et masques : Les fantômes de John Carpenter - Luc Lagier & Jean-Baptiste Thoret (P.43)

 

Carpenter le dit lui-même, Starman est l'image d'un changement (d'ailleurs son film suivant suivra cette route désormais en zig-zag en étant pas plus un film d'horreur qu'un film de science-fiction mais un hommage au cinéma asiatique sous dose énorme de comédie à Chinatown : Les aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin !). On pourrait même dire une prise de risque, tout comme The thing. Pour donner un ordre d'idées, c'est un peu comme si Stephen King se disait du jour au lendemain qu'il allait écrire ...un livre de recettes de cuisine. Bien sûr des recettes qu'on imagine fort sanglantes, mais de cuisine quand même, c'est dire le virage. On peut probablement penser que Christine et beaucoup plus Starman ont profité au cinéaste, dans le sens qu'ils lui ont visiblement permis de se régénérer après l'échec de The Thing puisque coup sur coup, le bonhomme enchaînera 3 oeuvres monumentales après ça : un hommage jouissivement fun et décontracté à l'Asie donc, une série B d'épouvante noire et craspec qui intrigue, étonne, terrifie (Prince des ténèbres), un brûlot politique contestataire qui renvoie l'Amérique et la société de consommation aux oubliettes (Invasion Los Angeles).

 

Starman sera d'ailleurs un succès critique assez bienvenu (le public comme on l'a vu est à nouveau pas au rendez-vous... ce qui n'empêche que à l'instar de The thing, enfin dans une mesure moindre, le film a depuis été bien réévalué grâce à la VHS et au DVD). Les journalistes ciné ne sont pas aveugles et voient bien la photographie magnifique de Donald Morgan, les paysages qui mettent en valeur l'Amérique, les effets spéciaux soignés (Dick Smith + Stan Winston + Rick Baker quand même d'un côté. I.L.M de l'autre pour des effets visuels et de lumière. Pas rien tout ça donc), et surtout une histoire touchante et émouvante qui permet à Jeff Bridges d'être nominé pour l'oscar et le golden globe de la meilleure performance d'acteur de l'année 85. Il ne les aura pas mais par contre empochera le Saturn Award, catégorie meilleur acteur de l'Academy of Science-Fiction, Fantasy & Horror Film, USA. Une récompense ma foi méritée pour ce très beau film qui mélange SF avec romantisme sensible et comme souvent chez le réalisateur, doté de scènes anthologiques.

 

Quand à Big John, lui, il repartait après pour de nouvelles aventures, différentes certes, mais tout aussi bien dans une filmographie passionnante...

 

 

 

(*) Je ne mentionne pas The ward sinon je spoilerais un peu. Disons que vu les raisons psychologiques du film, c'est un poil différent. On retrouve un personnage principal féminin fort mais non plus en lutte contre la société ou quoi que ce soit mais... Ah non, j'peux pas spoiler, chut.