Quel titre incongru pour démarrer une série de chroniques sur la géniale Varda, j'en conviens et m'en excuse (en fait j'aurais pu même écrire "Agnès est petite, Varda est grande" !). De fait, la représentation de cette cinéaste peut toutefois prêter à sourire, il suffit de voir son personnage sur la jaquette des Plages d'Agnès ou Agnès de ci, de là Varda. La réalisatrice - photographe (en fait je devrais mettre ça avant réalisatrice puisqu'elle a commencé par la photo dans les années 50) - artiste joue avec son image et offre un personnage immédiatement attachant et familier. Presqu'une icône. Il suffit de voir l'amusant petit jeu "La Varda" dans le coffret de l'intégrale pour se rendre compte que même le spectateur et curieux peut s'approprier cette représentation et la faire sienne en quelque sorte (il s'agit d'une petite carte représentant Agnès Varda mais dont la face peut constamment se remodeler avec une petite chaînette en fer, cf, plus bas). Voilà, pardon Agnès pour ce titre bizarre.

 

Je parlais du coffret Agnès Varda car ce fut l'un de mes cadeaux de Noël. Croyez-moi, il n'y a rien de mieux pendant les fêtes que d'avoir l'intégralité d'un artiste qu'on aime ou qu'on veut découvrir plus avant. Cela nous laisse toute l'année pour y revenir lentement voire plus. Or, j'avais déjà évoqué la réalisatrice de ci, de mais sans jamais avoir pu approfondir son univers. Ce coffret me fournit l'occasion idéale de faire des chroniques ouvertes qui ne se suivent pas forcément, un cycle que j'espère ouvert, entrecoupé d'autres chroniques tout comme j'avais pu le faire en explorant l'univers de Werner Herzog (*).

 

Penchons-nous donc pour débuter sur ce bel ouvrage.

 

 

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Ohhhhhhhhhh.

 

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Waaaaaaaah.

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Wouhouuuuuuuuu !!!

 


Curieusement, plus que le coffret en lui-même, ce sont le livret (excellent) et la pochette surprise qui l'ont fait trépigner de joie comme un vrai gosse. Comparé à d'autres coffrets DVDs qui abordent l'univers d'un artiste on a généralement pas toute cette générosité ludique sans doute un peu gadget mais qui correspond bien à Agnès Varda. Et puis zut, elle s'est fait plaisir et je peux vous dire que du coup ça m'a fait plaisir. On remarquera la carte en hommage à Chris Marker, décidement là encore auprès de nous bien après sa mort d'une certaine manière. Il fait une "apparition" dans un des épisodes d'Agnès de ci, de là Varda mais je n'ai pas encore osé jeter un coup d'oeil. Sans doute le deuil, la peur de revenir à l'oeuvre du grand Chris. Pourtant il m'y faudra bien puisqu'il a produit l'une des oeuvres les plus essentielles (et indispensables pour moi) du XXème siècle.

 

J'ai donc commencé à regarder du Varda en entrant timidement par la petite porte, c'est à dire pas mal de ses court-métrages que je vais maintenant évoquer.

 

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Si Agnès a regroupé la totalité de ses courts dans un double boîtier DVD, il n'empêche que l'on peut encore trouver des boni (pluriel de bonus, beh oui) ici ou là en naviguant dans les autres oeuvres. En regardant par exemple Daguerreotypes, on peut apercevoir un mini-court qui revient sur les mêmes endroits 30 ans plus tard. Du coup, même en parcourant toutes les oeuvres on est pas près de voir le bout de ce coffret avant un certain moment !

 

  • Ô saisons, ô châteaux (1957).

 

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Une oeuvre de commande juste après son premier long-métrage, La pointe courte (1955). Et une oeuvre dont elle se sort avec une incroyable légèreté, une évidence pas croyable pour l'époque. Cela a plus de cinquante ans mais pourrait avoir été fait aujourd'hui si le son et l'image ne trahissaient pas d'une certaine manière la provenance temporelle. D'autres auraient choisis de commencer leur carrière par des courts avant de passer au long, pas la Varda qui bouillonne d'un certain feu intérieur. Cela dure 22 minutes mais se révèle drôle, enchanteur et des plus instructifs sans jamais tomber dans le commentaire lourdement didactique.

 

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Agnès en plus à l'oeil. Les compositions restent toujours bien faites, on entend même des poèmes de l'époque lus par le fidèle Antoine Bourseiller (le Antoine de Cléo de 5 à 7 mais aussi papa de Rosalie Varda et donc narrateur personnel de plusieurs courts d'Agnès) quand ce ne sont pas de charmantes top-modèles qu'on jurerait issues d'un Funny Face (à tel point que je me suis demandé si Audrey Hepburn allait faire son apparition dans

le court !) qui parcourent les ruelles et vieilles ruines, leur redonnant encore plus de classe qu'elles en ont. Très sympathique.

 

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  • Plaisir d'amour en Iran (1976).

Un court en forme de bulle, petit complément de 6 minutes à L'une chante, l'autre pas où l'on retrouve les personnages de Valérie Mairesse et son Jules en Iran en voyage amoureux. On aurait pu s'attendre à quelques plans et un propos un brin charnel, mais non. Tout au plus l'évidence que l'architecture des lieux est assez sensuelle (avec des toits en forme de bulbes comme des tétons, des portes un peu vaginales...) sur fond d'images d'Epinal. Mouais. Mignon, sans plus, convenu même, vite oublié.

 

 

  • Du côté de la côte (1958).

On retrouve une Agnès en grande forme pour un court brillant et passionnant.

 

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Encore une oeuvre de commande mais le ton est ici plus noir. Déjà 1958, la Varda, presque prophétique ne pouvait que constater les masses de vacanciers échoués tel des baleines sur la côte, ressérés au possible, étouffants, bronzants, attrapant leurs coups de soleil. Sans compter la pollution souvent liée au touristes eux-mêmes. Notre Agnès parcourt la Riviera, déniche des lieux incroyables qui font voyager hors de France alors qu'on a juste changé de ville. Avec cette question en fond, qu'est-il arrivé à l'Eden ? Peut-on encore le trouver ?

 

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On finira effectivement par le trouver. Ou dans des traces visibles et accessibles. Dans un coucher de soleil ou sur une île abandonnée loin des touristes où un couple se baigne nu comme aux premiers âges. On finit sur des images de parasol qui se ferment, d'endroits désertés comme si les vacanciers partis l'endroit n'en finissait plus de mourir, sur fond de mélodie mélancolique signée Georges Delerue. Encore du bel ouvrage.

 

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Suite au prochain post !

 

 

(*) Il faudrait d'ailleurs que je produise de nouvelles chroniques sur l'ami Herzog puisque j'ai découvert d'autres choses entre-temps.