Quand je ne suis pas pris dans les diverses sorties artistiques (hier par exemple, rencontre entre fans de dessins), cinéma (dernièrement Prisoners et 2 visionnages de Gravity en attendant un troisième. Mais aurais-je le courage ou l'envie de faire une chronique, bonne question) ou expositions, je me suis fixé le programme conjointement à l'exposition Chris Marker au centre Pompidou, de visionner de nombreuses oeuvres du regretté cinéaste (curieusement je n'ai toujours pas eu le temps d'aller voir l'exposition en elle-même). Car pendant deux mois, l'endroit diffuse aussi "l'intégrale" du Chris. Pari impossible presque tenu. On pourrait chipoter qu'il manque deux-trois choses (exemple de Cuba si, bloqué pour problèmes de droits officiellement, officieusement c'est la productrice qui respecte la volonté du cinéaste disparu de ne pas montrer ce film militant "de jeunesse") mais en l'état, c'est impressionnant.

C'était l'occasion pour moi de revoir certaines oeuvres rares inexistantes en DVD, voire les découvrir et même redécouvrir ce que je connaissais déjà. Par exemple Si j'avais quatre dromadaire, déjà vu et chroniqué en ces lieux, inexistant sur disque, chef d'oeuvre caché du bonhomme et encore trop méconnu.

...Ou bien de voir des choses assez étranges, mineures et décalées dans sa filmo comme Junkopia ou Le mystère Koumiko.

 

Junkopia (1981)

 

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De son avis, Marker a toujours voulu réaliser un film sur l'Amérique sans jamais vraiment avoir eu le temps ou les éléments nécessaires à en dégager une fascination et un sujet à la différence du Japon qu'il parcourt de long en large à travers plusieurs domaines et thèmes dans Le mystère KoumikoSans SoleilLevel five... Et puis, en voyage à San Francisco pour filmer la matière d'un hommage personnel à Vertigo qu'on retrouvera en filigrane dans Sans Soleil, son regard est attiré par des installation étranges. En fait des déchets rejetés par la mer, que des artistes contemporains ont repris pour construire un peu tout. Des avions, des kangourous, un semblant d'oiseau (sans doute une chouette, animal favori de Marker avec le chat)... Marker filme le tout, le monte un peu avec de la musique expérimentale et on obtient un court ovni de 6 mn qui semble provenir d'un autre monde où les humains n'existent plus, seulement leurs "ruines". Sans doute la plus courte "oeuvre" de "SF" du msieur après La jetée.
Intérêt limité mais c'est court et somme toute, étonnant vu sa durée, donc finalement sympathique.

 

 

Le mystère Koumiko (1965)

 

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Bonne nouvelle, Chris Marker n'était pas qu'une entité mais bien un être humain. Avec des sentiments et tout et tout. Durant son vivant, aucune photo ne filtrait de lui et quand il y avait une rétrospective de ses oeuvres, c'était en visiteur qu'il y allait, incognito et sûr d'être là dans le même temps pour voir que tout était bien respecté. Chris le fantôme qui préfigurait déjà sa second life bien avant ses installations des zapping zone des 90's. Or Le mystère Koumiko permet de se rendre compte qu'il y a bien eu un Chris Marker avec un corps et des pulsions et indéniablement qu'il a été.

 

Parti au Japon filmer les jeux olympiques avec une bolex 16mm, le cinéastes comprend qu'il lui faut un guide. Il le trouve en la personne de Koumiko, jeune étudiante apprenant difficilement le français. Et l'on s'aperçoit très vite qu'en plus d'y voir le début d'une histoire d'amour avec le pays qui se poursuivra d'une certaine manière, le français tombe sous le charme de son interlocutrice. Chris la filme souvent au milieu de la foule comme un point de départ, scrute son visage longuement pour basculer en travelling sur les alentours : "Autour d'elle le japon". Mais l'animal revient souvent à la charge sur la jeune femme, la bombarde de questions. On sent l'incrédulité amusée du militant qui perce à jour (1966/1967, c'est à ce moment-là que commence la période militante de Marker) quand la jeune fille rétorque qu'elle n'en a un peu rien à faire des mouvements politiques (alors importants dans les sixties au Japon --un insert n et b montrant des étudiants japonais blessés passera d'ailleurs rapidement, manière de nous rappeler que tout n'est pas si idyllique au fond) quand elle ne se montre pas amusée envers les diktats de son propre pays (un horoscope au téléphone qui enjoint de "surtout ne pas se révolter contre ses supérieurs" --hu ?). Mais surtout au délà du rapport sur le japon qu'on aperçoit par le regard d'un occidental (belles séquences où l'on comprend que les japonais dans ces années 60 cherchent beaucoup à "s'occidentaliser") ...on réalise qu'il la drague ouvertement !

 

Et c'est d'autant plus effarant qu'il ne prend pas de gants et que c'est parfois à la limite du harcèlement (si ça pouvait passer aujourd'hui, les moeurs actuelles montrent bien qu'aujourd'hui les choses clochent). Certaines séquences gênent (j'étais pas le seul à ressentir ça dans la salle), d'autres se chargent d'une émotion soudaine (ces plans où la jeune fille toujours filmée par Chris le stalkeur (*) regarde mélancoliquement par la baie vitrée d'un restaurant tournant au sommet d'une tour le soleil qui se couche sur Tokyo), d'autres font sourire quand le rappel cinéphile n'est pas loin (le cinéaste repère une affiche des parapluies de Cherbourg sortant au Japon ? Les séquences d'après on a droit à un ballet de parapluie japonais sur fond de Michel Legrand). Tout n'est pas parfait (le son direct est aussi horrible que dans certains Godard, vous savez quand les voitures passent en plein dialogue et qu'on entend rien une fois sur deux. Or au Japon, le trafic est assez dense...) mais il se dégage quelque chose d'étrange, inédit et parfois touchant de ce Marker mineur.

 

Sur ce, à bientôt pour une nouvelle chronique Chris Marker (le centre Pompidou c'est un peu ma seconde maison en ce moment) !

 

 

 

 

 

(*) Etant donné que le cinéaste était fan de Tarkovski qu'il filma d'ailleurs dans Une journée d'Andréï Arsenevitch, je suis assez content de mon jeu de mot à la noix.