La dernière ligne droite...

Voilà la dernière sélection musicale après les premier, second et troisième volets de ce qui a pu en grande partie me traverser l'oreille. On arrive déjà à la fin de l'année que certaines choses ne me sont toujours pas parvenues (le dernier Nine inch nails par exemple), pfiouuu... Bon, la sélection finale permettra néanmoins de faire une place pour les retardataires mais quand même. Je n'avais plus vu d'année aussi riche. Ou alors c'est moi qui est sorti plus que de coutume de ma coquille pour me pencher sur tout ce qui passait à ma portée, allez savoir...

 

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Section soul :

 

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Honneur aux dames pour commencer ! Et dans un souci d'ordre chronologique puisqu'ici on a clairement des jeunettes. Lorde (6), alias Ella Yelich O'Connor vient justement de fêter ses 17 ans en novembre de cette année, c'est dire. Originaire de Nouvelle-Zélande, la jeune chanteuse nous balance d'un coup son premier album très pop qui, il faut l'avouer a titillé ma curiosité puis, m'a pas mal charmé. Non seulement l'album s'avère bon, mais certaines chansons valent vraiment qu'on se penche dessus, témoignant d'un beau talent d'écriture. Ribs a tourné un nombre pas possible de fois sur mon Ipod au point de m'inspirer un dessin en hommage à Lorde (cf ci-dessous après Birdy et Sky). Sur Facebook j'ai même fait un peu mon lourd en taguant des gens afin qu'ils écoutent cette chanson sur mon profil (coucou Potz'). On ne se refait pas. Mais Tennis court et autres Buzzcut season méritent qu'on s'y attarde aussi.

 

Birdy (5), ensuite. Alias Jasmine Van Den Bogaerde, vivant en Angleterre mais possédant des racines belges et néerlandaises qui fêta ses 17 ans en mai. Elle revient de loin la Birdy, j'ai beaucoup hésité à la sélectionner dans les présents disques ici. Disons qu'il faut dépasser la première écoute pour apprécier des chansons douces et mélancoliques qui révèlent un beau talent de songwritting. Néanmoins je me connais et je sais que je risque bien d'oublier ses chansons dans l'année à venir. Car il manque quelque chose à Birdy qui pourtant en est à son second album. Non pas de la sincérité ou du charme mais peut-être bien ce que je reprochais au nouvel album d' Oh land : de l'audace. Les compositions simples sont légion et même si cela révèle de la tradition du singer-songwriting propre aussi bien à la pop qu'à la folk, principalement chez les chanteuses, il faut savoir tenir la distance, l'originalité, le renouvellement et les idées si l'on veut atteindre l'importance d'une Carole King, voire plus récent encore, Loreena McKennitt auquel Birdy me fait penser de loin : un même souci des chansons qui peut aller très loin auprès du grand public, une même douceur et mélancolie qui n'ont pas encore tout dévoilé. A réécouter toutefois encore et encore.

 

Sky Ferreira (1), alias Sky Tonio Ferreira, âgée de 21 ans est américaine et cumule les casquettes diverses de mannequin, chanteuse et actrice depuis peu. Pour son premier disque, elle a décidé de mettre toutes les chances de son côté : Pochette à la photographie signée Gaspar Noé (si, si) et production au gros son dont les effets sonores peuvent évoquer curieusement des chansons pop dans un emballage un brin noise. Un titre à la fois pop, dansant mais aussi un brin enrobé d'une certaine violence sous-jacente comme Boys peut en témoigner. Des chansons intéressantes mais parfois partagées dans le contraste où le bon côtoie le moyen. Et ce visuel volontairement surprenant et puissant qui finit par éclipser un peu le disque. A réécouter là aussi. Pas sûr que Sky soit forcément dans le bilan final disques prévu la dernière semaine de décembre (si je --coche la case lecteur-- n'attrape pas la malaria/grippe/peste avant, que je ne glisse pas sur le verglas ou qu'on ne m'empoisonne pas à l'aide d'un cocktail alcoolisé de fêtard en tous genre).

 

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LORDE, hommage perso. "Ribs" signifiant "Veines" quand on se penche sur les paroles...

 

 

On continue par les artistes et groupes les moins énervés (attendez d'arriver à la dernière partie de ce post, vous allez comprendre).

 

J'adore Keith Jarrett, ce n'est pas une nouveauté. Son Köln Concert figure parmi mes indispensables même si avec le recul j'aurais pu tout aussi bien mettre le Paris concert ou La Scala. En 2013 le bonhomme nous a sorti 3 disques, rien que ça. L'un avec son trio, Somewhere (c'est le titre de l'album hein) où à nouveau il fait des merveilles (enfin ça c'est ce qu'on dit, moi je ne l'ai pas écouté j'ai tellement à rattraper un peu partout mais je veux bien le croire, je n'ai jamais été déçu avec le bonhomme à ce jour, c'est suffisamment rare pour ne pas être signalé) et puis ce Bregenz-München (9) ainsi que No end (10). Si le premier est issu des fameux concerts des 70's qui n'avaient encore jamais été édités ou alors au compte-goutte avec des extraits par ci, par là (on continue de se demander pourquoi), l'autre tient de la surprise impossible. Je ne vais d'ailleurs pas parler du concert de Munich et Bregenz, il figure dans le style au piano seul en public auquel nous a habitué le musicien et je pense que j'y reviendrais très prochainement de toutes manières. En revanche, No end, je tiens à l'évoquer en ces lieux.

 

On savait que Keith Jarrett savait jouer d'autres choses que du piano (sur The survivor's suite, outre le piano il fait aussi du saxo, voire de la flûte et un peu de batterie !) mais on ne l'avait jamais vu prendre une guitare électrique et enregistrer comme ça en cachette dans son propre studio pour le plaisir entre une énième tournée. Ce qui fut fait avec une poignée de morceaux à l'orée des années 80. ...Et c'est d'autant plus troublant qu'en plus de jouer de la guitare, le bonhomme choisit de créer des mélodies improvisées qui tiennent en grande partie de la transe cyclique avec re-recording (à la main, d'où un son très étouffé qui ajoute néanmoins un certain charme à l'instar du souffle de certains vinyles, Jarrett n'étant pas un ingénieur du son à la base) où il va jouer par dessus, suivant si ça nécessite un accompagnement ou pas, de la basse, de la batterie ou du piano (pourtant très rare sur ce double disque). En résulte une expérience hermétique, étrange, fascinante, prenante qui nous emmène vraiment ailleurs.

Et sur youtube on trouve rien, évidemment de No end. Le progrès en marche. Oui je suis ironique, passons.

 

Chvrches (2) c'est mignon et c'est déjà très bien. Mais si en plus d'un nom à coucher dehors (pourquoi un V au lieu d'un U, hein ? Après Le couleur, voilà des originaux qui continuent de maltraiter la grammaire. Décidément !) on discerne un vrai talent pour accoucher de pop-songs synthétiques où la douce voix de la jeune et adorable chanteuse se fraie un chemin, moi je signe banco ! Et oui, j'ai été plus que séduit par Chvrches et sa fraîcheur qui apporte un petit quelque chose. Je ne me lasse pas d'un Science/visions, the mother we share ou By the throat par exemple. Et puis la chanteuse est super mignonne mais je me répète.

 

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Chvrches.

 

 

Purson (4) ne figurera probablement pas dans les disques de l'année du bilan final mais je tenais à les évoquer puisqu'il s'agit d'une assez bonne surprise que ce premier disque, The circle and the blue door. Dans l'idée, Purson est le nom d'un démon issu des croyances de la goétie. En plus de commander à ses légions, il pourrait avoir accès au passé, présent et futur. C'est un peu le Kwizatz Haderach de Dune pour l'aspect prescience appliqué tout bonnement au créatures occultes en tout genre mais j'avoue être un brin réducteur. C'est en tout cas un bon background pour l'aspect visuel du groupe, surchargé de partout, entre le gothique et le baroque, n'ayant pas peur de paraître kitsch. Dans la musique c'est un peu la même idée de surcharge mais au sens positif du terme puisque Purson entremêle sans complexe folk, rock et hard-rock dans un emballage hérité largement des 70's et mené vocalement par la voix perchée de Rosalie Cunningham, chanteuse et sans doute leader de ce combo dont on ne sait s'ils sont 4 ou 5 (le line-up de la pochette n'est vraiment pas clair) et utilisant aussi bien du mellotron que de l'orgue ou du wurlitzer en plus de la batterie, du piano et de la guitare électrique. Ami musicophile si les noms de Genesis (période Peter Gabriel et non Phil Collins) ou Deep Purple déclenchent des envies fortes en toi, tu aimeras ce disque chargé de références habilement digérées. Mon point d'entrée fut une vidéo que me montra l'ami Yann (coucou si tu passes ici), adorateur de métal devant l'éternel, The contract. Je parlais d'univers chargé, le clip annonce là aussi la couleur. Fasciné, je notais patiemment le nom du groupe sur mon carnet à idée pour une prochaine virée rageuse de disques à récupérer et voilà. Et je ne le regrette pas.

 

 

"Tu dis que tu es mon juge, mais je ne te crois pas.

Alors tu dis que tu es une sainte, mais ce n'est pas moi.

J'entends des voix, mais ce n'est pas moi. Je ne suis pas Jeanne d'Arc.

And if you shoot, you better hit your mark."

(Arcade Fire - Joan of Arc)

 

 

Comme je le disais dans une conversation de bistrot (ce n'est pas péjoratif, nous étions en train de siroter des bières !) avec un autre ami, appelons-le Seb, j'avais un peu lâché Arcade Fire depuis le temps. J'adore Funeral qui m'accompagna un peu durant mes études. Son urgence correspondait bien à l'urgence de ma propre vie. Neon bible me plût mais moins. Malgré la noirceur et un style toujours aussi fascinant, le groupe n'apportait pas spécialement de renouvellement à sa musique dans mon sens. The suburbs, je l'ai aimé lors de sa sortie pour hélas l'oublier avec le temps. Oui, je suis assez dur avec les idoles des uns et des autres comme des miennes. Il faudrait d'ailleurs que je me réécoute The suburbs depuis le temps (vous pouvez ranger les tomates que vous vous prépariez à lancer sur moi, surtout toi là, le panda au fond, je t'ai vu).

Bon bref, j'ai vu que le buzz Reflektor (11) grandissait mais je me méfiais un peu au départ. Le coup du groupe fabuleux qui nous livre un chef d'oeuvre on l'a déjà eu plein de fois (coucou Radiohead). A vrai dire ça vaut sans doute plus pour le cinéma qui nous vend de plus en plus par le biais de surexposition médiatique (coucou les critiques ciné et les promos plus qu'envahissantes) des films pétaradant censés nous mettre à genoux. Une tendance qui s'est amplifiée ces dernières années. Bon je diverge (ne me recitez pas Desproges, je l'ai déjà fait en commentaire à Filou dans un autre post, merci).

Reflektor ne m'a nullement paru difficile d'accès comme j'ai pu le lire ici et là. C'est pas du Ligeti ou du Scott Walker non plus hein, arrêtons de capillotracter mémé dans les orties (je vous gâte avec ce genre de lien hein ? C'est mon côté sadique. N'empêche c'est hypnotique cette vidéo de Scott Walker, j'trouve). Ce qui est fascinant c'est que le groupe canadien semble avoir décidé d'entamer sa mue. Hop, James Murphy de LCD soundsystem en producteur et vasy que je te fasse un double album de pop crépusculaire pour pistes de danses à 3h du matin. Oui, oui, vous ne rêvez pas. Bon on est loin de Desire, Le couleur, Daft Punk (anciens albums), Glass Candy, Roisin Murphy et j'en passe mais dans l'idée, il y a ce petit plus chez le groupe qui apporte une dimension nouvelle et presque taillée pour les pistes. Sans oublier l'aspect lyrique qui a toujours prévalu. A chacun des morceaux on peut taper dans les mains presque. C'est du Arcade Fire qui a bouffé des phéromones de lacets défaits, de sueurs, d'ambiances tardives et un brin tamisées avec parfois des pointes de synthé et de sosn synthétiques qui surgissent ici et là entre des paroles qui oscillent entre l'anglais et le français et des petits choeurs. Et au final avec des chansons comme Reflektor, Joan of arc (rien à voir avec la Jeanne de Gérard Manset dont je suis fan, quitte à faire partager ça à Filou qui n'en demandait sûrement pas tant), Here comes the night time ou Porno, on peut toujours être conquis par ce grand double disque.

 

"Entre la nuit, la nuit et l'aurore.

Entre le royaume des vivants et des morts.

If this is heaven, I don't know what it's for."

(Arcade Fire - Reflektor)

 

 

/// Et puis quelques disques de musique soul. Myron & E, découvert grâce à Fip, Virginia June at Charles Bradley grâce à l'ami Seb là aussi. De ces trois disques qui apportent une chaleur humaine non négligeable par ces temps souvent glacés, 2 sont excellents et savent tirer du passé les meilleurs enseignements. Myron ou Bradley ne révolutionnent rien mais leur musique s'écoute avec un bonheur des plus évident. Virginia June fait en revanche très fort pour son premier disque qui s'élève plus haut que certains, en soul ou autre. Chaque chanson semble un retour profond à des racines blues-soul avec une production plus que soignée et des accords, voires arrangements (un titre à la guitare électrique aussi acide que dans les années 70), terriblement mélodiques. C'est donc son disque que je vous conseille en premier lieu. Et son look de gorgone moderne vaut aussi le coup d'oeil au passage. Si vous ne retenez pas son nom, vous retiendrez ses cheveux. gneee ///

 

 

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Be carrefoul : Arcade Fire commençant à draguer subtilement les fans des Pet Shop boys avec moults paillettes.

 

Et on termine donc par la bande des furieux.

 

Pour l'avoir cherché moi-même en magasin, difficile de trouver PG. Lost (3). C'est du post-rock suédois autoproduit donc tiré à peu d'exemplaire qui lorgne parfois vers des influences ouvertes de hard-rock ou metal instrumental tout en étant mélodique et atmosphérique. Dans l'idée, c'est parfois très proche de références comme Mogwai ou plus présicément For a minor reflection, combo islandais que j'apprécie fortement. De I am a destroyer à Sheaves en passant par Gathering et Vultures, rien n'est à jeter. Fabuleux. En cherchant bien vous pouvez même écouter tout l'album en entier. Je dis ça, je dis rien.

 

Et puis Russian Circles auquel je suis resté assez fidèle depuis l'album que je découvrais d'eux en 2008, Stations. La sortie de Memorial (8) cette année m'a permis aussi de rattraper mon retard avec Empros (7) sorti en 2011 et que je n'avais pas. Russian Circles est un trio américain produisant là aussi un post-rock proche du metal, instrumental et doté d'une forte résonnance. Les bonhommes sont très forts pour tresser une musique à la fois forte, puissante mais riche en émotion. Passer de la fantômatique Cheyenne à 1777 en est un bon exemple. Et comme les bonhommes sans renier leur musique se sont un peu ouverts à d'autres choses pour être moins monolithique, Chelsea Wolfe (évoquée dans un précédent post musique) fait même un passage dans une musique mi-ambiant, mi-shoegaze qui clôt le disque et s'avère très proche de son propre univers.

 

Et puis Pelican (12), le plus faible des trois. Comme Russian Circles, un autre groupe produisant une musique similaire mais dont ce dernier album conserve hélas plus de bas que de hauts, la faute à des thèmes peu inspirés et ne se renouvelant guère. Il y a pourtant de bonnes choses là-dedans qui témoignent d'un certain savoir faire. Comme la bourrine Immutable Dusk qui commence lourdement et gravement pour finalement presque s'envoler à mi-parcours par exemple. Malheureusement le reste du disque donnera une sensible impression de répétition persistante qui font de cet album quelque chose d'intéressant pour découvrir le groupe mais sur la longueur, portera plus l'auditeur à se pencher sur leurs précédents disques, apparemment bien mieux.

 

 

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Virginia June, nouvelle muse.

 

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Rattrapages, découvertes et redécouvertes à part ?

 

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J'ai "découvert" véritablement Depeche mode (A) cette année, je n'allais pas m'arrêter sur ma lancée. Le commentaire est sensiblement le même pour Tommy des Who (C) avec en plus le fait que j'ai pu voir le film de Ken Russell peu avant. Donc je peux comparer et affirmer que l'objet Tommy est plus qu'hybride. La B.O du film est encore une autre version de l'essence même de la musique qu'on a sur l'album de 1969. De quoi avoir le tournis, d'autant plus que le disque original comme la B.O sont bonnes et comportent leurs surprises (il y a des choses en plus, un son modifié, des invités sur la B.O. C'est aussi gargantuesque que le film éponyme). Quand à Music for the masses, je me demande même si je ne le préfère pas à Violator avec le recul. La raison en est simple : vu la masse de clips et surtout de fois que j'ai pu écouter Personal Jesus ou Enjoy the silence, c'est un peu comme si j'avais toujours connu Violator sans me douter qu'il était ce sympathique "voisin d'en face". Alors que Music est plus neuf et vierge à écouter pour ma part même si le temps remettra forcément Violator à la place qui lui est acquise (les compositions sont bien plus incroyables que Music for the masses de ce point de vue. Le son atteint même une sorte de perfection). Mais bon, je ne cache pas le nombre de fois où Behind the wheel a tourné en boucle dans mon ipod au même titre que la chanson de Lorde, Ribs.

 

Et puis encore du Keith Jarrett (D). Décidément. Sorry, sorry... Les concerts à Brême et Lausanne datent de 1973 et commencent ce qui est LA grande période de Jarrett non seulement en trio ou quartett mais aussi et surtout en exercice seul, face à son piano. Un an avant le culte concert de Köln et sans doute éclipsé d'ailleurs par celui-ci et c'est dommage car déjà ici le pianiste montre une élégance magistrale et lyrique qui n'a rien à envier à ce qui va suivre. Sans doute moins d'émotion ou de puissance mais c'est subjectif car ça reste impressionnant. Si je devais choisir, le concert de Brême, regroupé sur le premier cd est un must d'emblée où frôle déjà une certaine sensibilité à fleur de peau qui touche souvent en plein coeur. En contrepartie, le concert de Lausanne se révèle incroyablement technique mais s'avère implacable pour écraser le public tel un rouleau compresseur, Jarrett enchaînant sans faire de pause.

 

Faudrait vraiment que je prenne le temps pour parler de Jarrett ici tant le sujet me tient à coeur, tiens.

 

Joanna Newsom, un gros morceau que voilà (B). Sorti en 2010, j'avais un peu laissé passer l'album, un peu intimidé. Il faut dire que Have one on me en impose avec son boîtier cartonné où la chanteuse se représente elle-même dans le boudoir dans une photographie délavée et mystique qui peut faire penser à une ambiance "fin de fête" du début des années 1900. D'ailleurs cette pochette me fait penser un peu au film L'Appollonide et ceux qui ont le film en tête comprendront ce que ça m'évoque. Quand on ouvre, on est pas au bout de ses surprises : 3 disques dans des pochettes plastiques avec une volonté de se rapprocher le plus possible de l'esthétique vinyle. Dans la durée d'ailleurs, chaque album fait approximativement dans les 45 minutes et la tracklist comporte facilement 18 titres avec toujours cette idée de deux faces sur disque et des chansons allant généralement de 6 à 10 minutes, flinguant volontairement toute idée de format pop catalogué pour un passage télé. Et puis surtout comment faire passer une fille qui chante (presque) seule avec sa harpe et une voix à la Kate Bush dans des mélodies folk allongées et étirées, pleine de contretemps, de chausse-trappes, d'atmosphères qui en deviennent presque intemporelles ? Une sorte d'éloge du temps à prendre, du temps à accepter, du temps qui passe en musique, le tout étant généralement inacceptable à notre époque où tout est censé aller vite et où l'on exige plus vraiment de patience et de courage de son auditeur. Un tort à mon sens et ce disque est là d'une certaine manière pour éparer les choses : au vu du programme chargé qu'il vous laisse, vous en avez pour vous du temps et la complexité de la musique rajoute au fait que oui, ce disque va tranquillement vieillir avec vous. L'essayer et l'apprécier, c'est l'adopter.